Aujourd’hui une petite analyse de la narration de Hyper Light Drifter. Derrière ce jeu indé d’action-aventure aux gros pixels se cache le récit d’un long et difficile combat contre la maladie.

Si Hyper Light Drifter est si intéressant du point de vue de sa narration c’est parce qu’il mélange deux niveaux de récits. Le premier est le plus accessible  car il s’offre au joueur peu à peu au fil de sa progression. En interprétant les indices laissés au hasard de l’environnement et en les couplant aux quelques informations obtenus en discutant avec les PNJs, le joueur parvient à dégager l’histoire de l’univers qu’il traverse. Cependant lorsqu’arrive le générique de fin au terme d’une cinématique abrupte et particulièrement pessimiste,  le joueur peut se sentir frustré par un sentiment d’inachevé ou bien avoir l’impression d’être passé à côté de quelque chose.

 Hyper Light Drifter - robot_1080

Le récit principal passe par l’observation de environnement et l’interprétation du joueur.

En réalité le joueur qui s’arrête sur ce sentiment passe à côté du vrai propos du jeu, un propos complexe et dissimulé qui nécessite certaines clés de lecture à commencer par le nom et la condition du créateur de Hyper Light Drifter, Alex Preston, à l’origine du studio indépendant Heart Machine. Depuis sa naissance il souffre d’une maladie cardiaque qui l’envoie régulièrement en séjour à l’hôpital et c’est ce combat incessant qu’il a voulu transmettre en filigrane dans son jeu.  Cependant, plutôt que d’aborder le sujet frontalement au risque de produire une œuvre autocentrée et hermétique il a choisi de diluer cette expérience de la maladie et de l’intégrer de manière discrète mais néanmoins omniprésente dans un jeu d’action-aventure.

 Hyper Light Drifter - hyper-light-drifter

C’est quand même très plaisant à regarder

C’est donc au cœur du gameplay qu’il faut chercher des pistes. Dès lors, nous constatons que certains indices sont plus facilement identifiables que d’autres comme l’utilisation de seringue pour régénérer sa santé ou bien le fait que l’avatar crache régulièrement du sang. Mais bien d’autres éléments viennent s’ajouter à la liste lorsqu’ils sont identifiés comme des métaphores de la maladie. De cette façon, le joueur perd momentanément le contrôle de son avatar lorsque celui-ci crache du sang. Ce court laps de temps où le joueur est privé de feedback peut renvoyer à la perte de contrôle de son propre corps que ressent un patient trahi par son organisme. Attardons-nous aussi sur la courbe de difficulté  du jeu. Schématiquement celle-ci pourrait être représentée en dents de scie, avec ses pics violents et ses moments de calme relatif. Rapidement un parallèle peut être fait avec l’état de santé d’un patient qui s’améliore avant de rechuter brusquement. L’acharnement du joueur à relancer une partie jusqu’à parvenir à passer un point difficile renverra alors à la ténacité des patients refusant de se laisser abattre par le mal. En prolongement de cette analyse l’on peut interpréter les boss et leur grande difficultés comme des crises vécues par le patient. Dans la première partie du jeu elles interviennent à des moments précis, avec une certainement régularité puisque c’est à la fin de chaque monde que l’on croise un ennemis surpuissant. Or une fois dans la quatrième zone et donc en approchant de la fin du jeu il y a maintenant quatre boss à terrasser tour à tour pour pouvoir avancer. Le rythme des crises s’accélère donc jusqu’à l’épreuve final : le boss de fin. Et alors que l’on pourrait se croire tirer d’affaire après être venu à bout de cette personnification de la maladie, notre avatar s’assied et s’éteint doucement car au final, quoique nous fassions, nul ne peut échapper à la mort. A cela s’ajoute la présence d’un chien noir qui accompagne notre personnage à quelques moments clés de l’aventure. Avec son poil noir et son auréole, le canidé rappelle Anubis, le dieu égyptien de la mort qui accompagnerait notre héro dans l’acceptation de sa propre disparition.

Hyper Light Drifter est un jeu qui vaut vraiment le détour et que nous ne saurions que trop vous conseiller. Bien entendu votre lecture de l’oeuvre sera influencée par ce que vous venez de lire mais ce n’est pas un mal. En effet vous pourrez ainsi mieux appréhender le sous-texte du jeu et mieux interpréter des éléments qui vous aurez parus bien étrange sans cette clé de lecture.

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