Obsidian, le studio responsable de Fallout New Vegas, nous propose cette fois-ci d’aller explorer l’espace intersidéral, alors attachez vos ceintures! 5. 4. 3. 2. 1. Décollage.

“Le cosmos est généré et dirigé par l’Equation Universelle, également appelée Le Plan” -Vicaire Max

Comme son nom l’indique, the Outer Worlds nous invite à explorer des mondes lointains.

En effet, la Terre du 23ème siècle est épuisée et l’espoir de l’humanité réside dans la conquête de nouvelles planètes.

Vous êtes un passager anonyme du vaisseau Espoir (Hope) et vous vous dirigez vers le système d’Halcyon dans le but de le coloniser.

En phase d’hyper-sommeil, vous ignorez toutefois qu’un problème inconnu a détourné la nef de sa course et un voyage qui aurait du durer au plus une décennie, a duré en réalité plus de 30 ans.

De fait, d’autres colons dans d’autres vaisseaux se sont chargés de la terraformation des mondes d’Halcyon et la civilisation a eu le temps de s’élever… et parfois de s’effondrer à nouveau.

Vous commencez par choisir l’apparence et les caractéristiques de votre personnage.

Alors que vos collègues et vous êtes condamnés à errer pour l’éternité dans l’espace, Phinéas Welles (dont le nom évoque à la fois le Phileas Fogg de Jules Verne, qui fit le Tour du Monde en 80 Jours , et Orson Welles, artiste américain qui adapta pour la radio La Guerre des Mondes d’H.G. Wells…), une sorte de savant fou, vous sort de votre stase, malgré les risques biologiques que comporte le fait de réveiller un sujet si longtemps endormi. Il vous confie une mission : l’aider à sauver les autres passager de l’Espoir et, avec leur aide, peut être rétablir l’équilibre dans la galaxie.

Après quelques péripéties sur la planète Terra 2, vous finirez par acquérir un vaisseau et recruter un équipage pour explorer les différents environnements du jeu et affronter ou vous associer avec les multiples factions qui les peuplent.


Phineas Welles s’apprête à choisir un membre d’équipage à “décongeler”…

Le scénario de The Outer Worlds puise largement dans les poncifs de la SF : Le personnage qui sort d’un long sommeil pour se retrouver face à une société qui a énormément changé, les colons qui résistent tant bien que mal à une nature hostile, les robots qui deviennent fous… Vous trouverez un peu de 2001, un peu d’Alien, un peu de Terminator, un peu de Mad Max…

Mais la véritable force de ce titre est sa narration.

En effet, comme c’est souvent le cas dans ce genre de jeux, vous serez amené à accomplir de très nombreuses quêtes, pas forcément connectées entre elles, mais qui vous permettront d’appréhender la société que les Hommes ont tenté de bâtir sur Halcyon. Par ailleurs, vous trouverez de très, très nombreux éléments de background, sous forme d’affiches, de jingles publicitaires, d’interactions avec des PNJ… et surtout des tonnes et des tonnes de textes…

Aussi le joueur comprendra-t-il très vite l’influence des mégacorporations qui peuplent la galaxie. Toute la société a été construite autours de ces marques et les plus “corporate” sont ceux qui ont le plus de chance de s’en sortir. Sauf vous, bien sûr!

En effet, c’est vous qui écrirez votre propre histoire et vous êtes tout à fait libre d’être l’employé modèle, un pirate sans foi ni loi, ou quelque part entre les deux!

De nombreux terminaux dispensent des éléments de “lore”. Notez le cynisme permanent en direction de cette société hypercapitaliste.

A travers la distanciation permise par la SF, les auteurs d’Obsidian peignent une vraie critique de notre société, où les employés sont souvent traités comme de la marchandise (voire comme ayant moins de valeur que les marchandises qu’ils aident à produire), où il faut toujours consommer plus et où ceux qui ne rentrent pas dans le moule sont marginalisés.

Evidemment, tout cela est fait avec beaucoup d’humour, un humour très noir. Comme quand un ouvrier perd sa main dans un broyeur : ça énerve la hiérarchie parce que ça ralentit toute la chaîne de production et ça donne du boulot en plus à celui qui nettoie les machines, avec tout les petits bouts d’os à enlever…

La direction artistique est extrêmement travaillée. Certes, les environnements sont un peu redondants, surtout dans les villes où les maisons se ressemblent toutes plus où moins, mais cela peut tout à fait se justifier par le contexte : c’est une société extrêmement uniforme que les colons ont bâtie sous la houlette des mégacorporations : les maisons se ressemblent parce qu’elles sont toutes préfabriquées par Spacer’s Choice.

L’identité visuelle des conglomérats est extrêmement forte et on s’en rendra compte à chaque temps de chargement (c’est à dire à chaque transition de zone ou voyage rapide).

Spacer’s Choice s’inspire des publicités américaines des années 60, dans une esthétique qui n’est pas sans rappeler le Vault Boy de la série Fallout, alors qu’Auntie Cléo puise dans l’Art Nouveau pour son identité visuelle. On trouvera aussi des affiches de films qui rappellent les films des années 50, comme Planète Interdite de Fred McLeod Wilcox, des traités d’anatomie de la faune spatiale, ou encore des affiches de propagande qui semblent tout droit sorties de l’U.R.S.S. des années 20-30.

L’Art Nouveau est un courant de la fin du XIXème siècle/début XXème, dont l’artiste Tchèque Alfons Muscha était un des plus illustres représentants. Muscha a beaucoup travaillé dans le domaine de la publicité, comme ici pour les cigarettes Job (1896).

On peut y voir une référence -teintée d’humour- dans certaines illustrations du jeu. Ici, le porkyste, un animal qui produit des tumeurs qui font d’excellentes saucisses. Miam!

Mais outre ses références à l’art pictural, le jeu est aussi truffé de clins d’œil à la pop culture. Ainsi, de nombreux personnages portent des noms d’auteurs de SF, comme par exemple Huxley, qui renvoie à l’auteur du Meilleur des Mondes. On pourra également trouver des éléments qui rappellent des séries, notamment Firefly, comme quand un troupeau de vaches s’invite dans votre vaisseau.

Firefly est même le nom des batteries, c’est à dire les munitions pour les armes électriques.

En bref, The Outer Worlds est un jeu extrêmement référencé et, si on a pas forcément toutes les références, on en apréciera tout de même l’humour et les qualités narratives.

Mais à jouer, comment est-ce?

“Évaluation de la zone : taches récalcitrantes et substances nocives droit devant” -SAM, robot nettoyeur

L’exploration d’Halcyon se fait à travers des maps fermées de taille modeste, que vous visiterez au fil des missions que vous donneront Welles (missions principales) ou tout autre PNJ (quêtes annexes). Il s’agit bien souvent de missions FedEx améliorées : on vous envoie sur telle planète chercher ceci ou cela, mais vos interactions et les choix que vous ferez, notamment dans les dialogues, auront une importance et peuvent même modifier drastiquement le cours des événements (par exemple en assurant la suprématie d’une faction sur une autre).

Le système d’Halcyon abrite de nombreuses planètes… Hélas toutes petites…

Si interagir avec les différents PNJ du jeu et choisir les réponses de votre personnage constitue une bonne part du processus ludique, s’il est possible de jouer une longue session sans dégainer son arme, il ne faut pas pour autant oublier que le système solaire d’Halcyon est hostile, rempli de créatures féroces et de maraudeurs sans pitié, et que c’est à vous qu’il incombera de faire le ménage.

Pour ce faire, vous affronterez vos ennemis en vue à la première personne et aurez le choix entre des armes de mêlée et des armes à feu.

Toutefois, nous sommes bien en présence d’un RPG! Le joueur qui aura pris le soin de développer son personnage sera en général plus avantagé qu’un pro du FPS qui aurait négligé cet aspect.

Outre les attaques de base, vous pourrez aussi, si vous avez le niveau requis dans la compétence correspondante, infliger des attaques chargées, plus puissantes, ou opter pour la discrétion et lancer des attaques surprise!

Votre personnage peut également sprinter (en continu, il n’y a pas de système d’endurance.), ou au contraire s’accroupir, ce qui rend les déplacements plus lents, mais permet d’être discret, ou encore effectuer une esquive

La touche L2 est versatile et dépend de votre arme. Lorsque vous êtes équipé d’une arme à feu, elle vous permettra de viser avec plus de précision. Cette vue peut être améliorée avec des lunettes de visée, qui vous transformeront en véritable sniper. Lorsque vous portez une arme de corps à corps, elle permettra d’effectuer une parade. Parer au bon moment peut déstabiliser l’adversaire, mais cette manœuvre endommage votre arme.

Qui dit RPG, dit capacités spéciales. Votre longue hibernation vous a rendu capable de ralentir votre perception du temps, ce qui vous permettra de viser avec plus de précision, par exemple pour toucher un ennemi à la jambe afin de l’immobiliser.

Enfin, RPG veut aussi dire compagnons! Ces derniers agiront de leur propre chef, mais vous pourrez déclencher leurs super attaques quand vous le souhaiterez.

Vous allez croiser quelques vilaines bébêtes…

C’est donc un arsenal, certes classique, mais tout de même efficace qui est mis à votre disposition. Dommage toutefois que l’IA, dans les modes de difficulté classiques du moins, soit aussi stupide!

Les ennemis ont en effet tendance à attaquer une cible sans relâche jusqu’à ce que mort s’ensuive. Leur mort dans la plupart des cas. Car dans la pratique, ça signifie qu’un adversaire qui cible un de vos compagnons ne fera rien pour vous empêcher de le charcuter avec votre lame à plasma…

Non, non, ne t’occupe pas de moi…

Le développement du personnage est aussi un élément primordial. Avec un niveau élevé, on pourra se tirer de bon nombre de situations en fonçant dans le tas (fort heureusement, ça ne marche pas toujours!). Pour améliorer votre équipe, vous pouvez bien sur accumuler de l’expérience. Le moyen le plus évident est de tuer des adversaires. Mais toutes les actions que vous entreprendrez peuvent vous procurer des points supplémentaires. Ainsi, si vous prenez le temps de crocheter des serrures, soigner des blessés bidouiller des machines ou exercer vos talents d’orateur avec les PNJ (en mentant ou en faisant du charme, ou au contraire de l’intimidation…), vous n’aurez aucun mal à faire progresser votre équipage. Evidemment, finir une quête vous apportera un gain massif d’XP.

A chaque niveau gagné, vous obtenez 10 points à répartir dans différents aspects de la personnalité du capitaine.

S’il est important d’augmenter ses capacités d’attaque, tant au corps à corps qu’à distance, ainsi que sa défense, il ne faut pas non plus négliger sa capacité à mentir, crocheter, soigner, etc… puisque ce sont des sources d’expérience potentielles… On veillera donc à un développement harmonieux de son personnage.

Tous les deux niveaux, vous gagnerez un avantage que vous pourrez choisir dans une liste qui s’agrandira au fur et à mesure que vous progresserez. Vous pourrez ainsi augmenter votre inventaire ou la durée de la dilatation temporelle, etc… Vos membres d’équipage ont leur propre liste d’avantages.

Vous pourrez en outre affliger votre personnage d’un handicap, comme la phobie des robots, qui fait baisser certaines stats en présence des tas de ferrailles. Quel intérêt? Chaque handicap vous donne droit à un avantage supplémentaire!

Gagnez 5 avantages dans chaque palier pour débloquer le suivant.

Enfin, un bon mercenaire de l’espace n’est rien sans un bon équipement. Vous trouverez tout ce dont vous avez besoin ici et là (le plus souvent dans les poubelles, signe de la surconsommation qui touche Halcyon), en fouillant les cadavres de vos victimes (ou ceux qui traînent un peu partout), ou auprès de marchands, humains ou distributeurs automatiques.

En plus de la grande variété d’armes, il existe des armures pour le corps et des casques.

Toutes ces pièces d’équipement ont une durée de vie et deviendront quasiment inefficaces si celle-ci est ramenée à 0. Heureusement, si vous trouvez un établi (comme celui qui se trouve dans votre vaisseau), vous pourrez réparer votre équipement, et même l’améliorer.

Vous pourrez ainsi booster ses stats d’attaque ou de défense, mais aussi y ajouter de nouvelles fonctionnalités, comme une attaque élémentaire à laquelle certains ennemis seront vulnérables, un silencieux, une lunette de visée, etc…

Désolé de te déranger pendant ta pause…

The Outer Worlds offre donc quelques options de personnalisation bienvenues pour convenir à différents styles de jeu, et incite à l’exploration et à l’interaction, plus qu’à la confrontation.

Du côté de la salle des machines

Le je utilise bien le moteur Unreal Engine et rend très bien certaines textures et éléments de décors. Les personnages sont assez réussis, sans être photoréalistes. Ils bougent bien, malgré une certaine raideur et les animations faciales sont assez convaincantes.

Le framerate n’est malheureusement pas constant et on rencontre parfois des sursauts. C’est assez aléatoire, et on peut jouer des heures sans problème… comme on peut abandonner face à un jeu devenu injouable avec une saccade toutes les 20 secondes.

Le design sonore est lui aussi efficace, mais ne présente rien de révolutionnaire. La bande-son tient plutôt du paysage sonore que de la musique.

Bref, sur le plan technique, c’est très correct, sans être exceptionnel.

Test réalisé par Matriper

sur une PS4 classique

(également disponible sur PC, Xbox One et bientôt sur Nintendo Switch)

[TEST] The Outer Worlds - Fallout dans l'espace
The Outer Worlds jouit d'une réalisation correct, mais qui ne fera pas date. Son gameplay est riche, mais on pourra lui reprocher une IA un peu pauvre. En revanche, sa narration, les choix de conversation, les multiples références culturelles... en font un titre vraiment accrocheur, auquel on se surprendra à jouer pour le fond, en s'octroyant de longues sessions de jeu sans affronter d'ennemis, juste pour profiter de son ambiance particulière teintée de prises de position et de cynisme.
Le scénario/la narration90%
Les graphismes80%
Le gameplay80%
Le contenu80%
Les musiques50%
les points positifs
  • Son humour très noir et ses prises de position.
  • Ses nombreuses références culturelles.
  • Un gameplay riche.
Les points négatifs
  • Peut mieux faire au niveau des graphismes et du framerate.
  • Rien de mémorable côté musique.
  • L'IA aux fraises.
76%Note Finale

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