La scène du jeu vidéo indépendant grandit d’année en année, il n’y a qu’à voir le catalogue de la Nintendo Switch pour s’en convaincre. Et grâce des coûts de développement moindre, les créatifs indés peuvent se permettre une plus grande prise de risque. De cette audace naissent parfois des titres originaux qui brisent les codes établis de notre loisir favori. Voici une de ces pépites, Doki Doki Literature Club.

 

Attention : ce jeu ne convient pas aux enfants, ni aux personnes sensibles pouvant être facilement perturbées

 

Doki Doki Literaure Club (DDLC) est un jeu gratuit issu de l’imagination de Dan Salvato, un modeur qui s’est notamment illustré sur Smash Bros Melee, et son équipe : la Team Salvato.

Il se présente comme un visual novel tout mignon, mais en y regardant de plus près, on est étonné de voir que Steam le classe dans “horeur psychologique”. Dès l’écran de téléchargement (gratuit!), et plus tard quand on lance le jeu, on a droit à un disclaimer : Ce jeu ne convient aux enfants, ni aux personnes sensibles à l’horreur psychologique. Il ne faut pas y jouer si on souffre de dépression et/ou si on a ou a eu des tendances suicidaires. Cet avertissement n’est pas à prendre à la légère, bien qu’on puisse le penser de prime abord.

 

2 jeux en un!

Tout commence sous la forme d’un visual novel tout ce qu’il y a de plus classique. Le héros, nommé par le joueur, et qu’on ne verra jamais (une main par ci, l’arrière de sa tête par là, c’est tout) est un lycéen dans une ville aux allures de manga. Sa voisine et amie d’enfance, la jolie Sayori, le tanne pour qu’il s’inscrive à un club après les cours, mais ce dernier préfère glander devant des animes ou sa console. Cédant à la pression de son amie, il finira par pousser la porte du club de littérature, dont les membres sont toutes de jolies filles. Et si c’était pour lui l’occasion de se rapprocher de l’une d’elle?

 

Sayori tient vraiment à ce que le protagoniste rejoigne un club.

 

Les deux premières heures du jeu nous permettent donc de tenter de séduire l’une des 4 protagonistes. Celles-ci, avec leur look de personnages d’anime, sont assez archétypales : Sayori est toujours joyeuse mais un peu tête en l’air, Yuri est l’intellectuelle un peu timide, Monika est la fille la plus populaire de sa classe et Natsuki, sous ses airs revêches, aime tout ce qui est mignon.

 

Le club de littérature : de gauche à droite : Natsuki, Yuri, Sayori et Monika.

 

Les jours se suivent et le joueur n’a que peu de possibilités. Si on lui demande parfois de faire un choix, la plupart du temps, il se contente de lire. Précisons d’ailleurs que l’absence de localisation française réserve ce titre aux joueurs anglophones uniquement.

A la fin de chaque journée, il devra écrire un poème. Il s’agit en fait de choisir des mots dans une liste. Chacune des prétendantes est plus sensible à tel ou tel lexique : Natsuki appréciera des mots mignons comme “chaton” ou “vanille”, Yuri sera plus métaphorique et sombre, tandis que Sayori réagira à un vocabulaire simple sur la joie et la tristesse. Si le joueur choisit habilement, une interaction particulière aura lieu le lendemain.

 

Le principal élément de gameplay de cette première partie du jeu : tenter de plaire aux filles avec ses poèmes.

 

Un gameplay ultra-basique, donc, le joueur n’ayant de réelle liberté que quelques secondes par-ci, par-là, au milieu de très longs textes à lire.

Au niveau de la réalisation, les images parlent d’elles même : c’est joli, dans un style manga assez classique, sans être exceptionnel, mais, visual novel exige, ça reste très très statique. On enchaine les images fixes toutes plus ou moins semblables. Le petit nombre de personnages et d’environnements ne va pas aider à surmonter ce sentiment de répétitivité et on regrette que certains éléments qui nous sont décrits, parfois avec un niveau de détail superflu, ne soient pas simplement illustrés, comme les fameux cupcakes de Natsuki ou le mystérieux livre de Yuri “Le Portrait de Markov”.

La répétitivité se fera aussi sentir dans les musiques. Là encore, c’est kawaii, mais loin d’être transcendant et surtout vite redondant.

Pourquoi s’accrocher alors? Qu’est-ce qui peut pousser le joueur à supporter pas loin de deux heures d’un gameplay inexistant et une réalisation passable au service d’une histoire sans vraiment de relief?

C’est le jeu dans le jeu, le moment ou tout devient méta, le basculement vers un univers beaucoup plus sombre qui justifie le fameux disclaimer de début de partie.

Si on lit un peu entre les lignes, on se rend compte petit à petit que tout n’est pas tout rose au sein du club et, soudain, une réalité bien plus effrayante va se faire à jour.

A partir de là, difficile de vous en dire plus sans spoiler, mais les véritables qualités d’écriture de Doki Doki vont apparaitre.

Les personnages, si elles étaient largement exposées dans le premier acte, chacune dans son archétype personnel, vont réveler ici une autre facette de leur personnalité, beaucoup plus angoissante.

Les aspects visuels et sonores vont aussi être altérés de manière à provoquer un sentiment de malaise chez le joueur.

Que ceux qui craignent les jump scares se rassurent, il n’y a rien de bien méchant ici. Un peu de gore, mais ça reste supportable si on aime le cinéma de genre.

C’est au niveau psychologique que le jeu va jouer avec vos angoisses, n’hésitant pas pour ça à se comporter de façon complètement erratique, comme si il était buggé, ou allant même jusqu’à modifier vos sauvegardes.

 

Par moment, l’affichage va se mettre à débloquer complètement et la musique qui va avec risque de jouer avec vos nerfs!

 

Méta-jeu

Le type de peur induit par Doki Doki Literature Club est très subjectif et tout le monde ne réagira pas de la même façon. En revanche, force est de constater que l’écriture est brillante. On nous fait d’abord croire à une oeuvre naïve, avant de nous réveler des personnages hyper torturés qui n’hésiteront pas, parfois, à briser le quatrième mur pour s’adresser directement au joueur et non plus à son avatar, ce qui peut par moment être assez troublant.

Cet aspect “méta” nous forcera, au moins en une occasion, à réflechir de manière transversale pour acceder à la fin du jeu. Ou est-ce vraiment la fin?

A de nombreuses reprise, le titre brise les codes d’un gameplay traditionnel et emmène le joueur là où il l’a décidé, en dépit des tentatives de ce dernier.

Sachez également que le jeu renferme de nombreux messages très très bien cachés et qui ont été trouvés par des acharnés. Il s’agit parfois de transformer des pixels noirs et blancs en binaire, puis de convertir l’information obtenue dans une autre base mathématique, ou de transformer des sons en QR code, etc… Bref des énigmes de très haut niveau crackées par des fous furieux! Ces différents easter eggs teaseraient peut être un prochain titre (prévu pour 2018) de la Team Salvato.

 

En conclusion

Il faut prendre Doki Doki pour ce qu’il est réellement : un visual novel horrifique. En tant que tel, il ne faudra pas s’attendre à un gameplay révolutionnaire, ni à une réalisation incroyable. Il parvient toutefois, en sortant du cadre des mécaniques traditionnelles du genre et en distordant ses visuels et musiques, à proposer une expérience, certes assez passive, mais unique.

Le prix à payer pour accéder à cette expérience est en revanche assez lourd, puisqu’il faut passer tout le premier acte, ce qui peut décourager certains.

Face à un tel ovni, difficile d’appliquer les critères habituels, je vous propose donc une grille légèrement différente, dans laquelle le méta-jeu remplacera le gameplay, ce dernier étant quasi inexistant, quand le premier propose des façons d’aborder un problème innovantes ; et l’horreur aura aussi sa place, bien que subjective, pour l’habilité avec laquelle elle est mise en scène.

 

Doki Doki Literature ClubDoki Doki Literature Club

[TEST] Doki Doki Literature Club : faux visual novel, vrai coup de flip!
Le scénario8
L'horreur8
Le méta-jeu8
Les graphismes5
Les musiques4
Le contenu4
Les points positifs
  • Une vrai grosse surprise! Des idées originales.
  • Ca peut faire peur.
  • Gratuit!
Les points négatifs
  • Le premier acte est si long! L'ensemble est très statique.
  • Ca peut faire peur.
6.2Note Finale

Une réponse

  1. Tsuna AmAdnil
    AmAdnil Dratil

    Franchement c’est dommage que ce soit en anglais (je peux me débrouiller pour du basique mais aprés non ^^)
    Il m’aurait plus (moi qui aime bien les visual novel assez atypiques ^^”

    J’espère qu’un jour un patch sortira pour que je puisse le faire (ou alors que je sois devenue bilingue mais j’y crois pas XD )

    En tout cas super test, ça m’a donné envie d’essayer quand même donc je pense que je le ferais des que j’aurais du temps libre 🙂

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