Papers Please : Gloire à l’Arstotzka

Papers please est l’un des jeux indépendants les plus célèbres et la pierre angulaires du jeu vidéo engagé moderne. Sorti en 2013, le jeu de Lucas Pope nous met aux commandes d’un garde-frontière dans un pays communiste totalitaire, l’Arstotzka. Il nous faudra donc vérifier les papiers des immigrants pour bien faire notre travail, à moins que l’on choisisse une voie plus morale en aidant les gens dans le besoin et potentiellement la révolution. Dans tous les cas, Papers Please va nous mettre en face d’un choix moral et nous allons devoir décider de notre destin, de celui de notre famille et de celui de notre pays. 

Garde-frontière ou révolutionnaire?

Dans Papers Please, nous incarnons un habitant de l’Arstotzka, un pays communiste totalitaire. Notre nom a été tiré au sort pour devenir l’agent du poste frontière du pays, rouvert suite à la fin de la guerre, afin de réguler les entrées. Notre but sera de vérifier les papiers des immigrants pour empêcher l’entrée de terroristes ou tout autre criminel. Bien sûr, si nous n’accomplissons pas notre travail ou si on tente de trahir notre pays, notre personnage et sa famille en pâtiront. On laisse donc les jours défiler en faisant machinalement notre travail dont les règles changent souvent, reflétant les nouvelles des journaux que l’on lit tous les jours. Néanmoins, nous sommes vite contactés par l’EZIC, un groupuscule qui veut créer une révolution dans le pays. Nous comprenons alors que nous allons devoir faire un choix difficile au cours du jeu : se sacrifier pour la liberté et la morale ou rester un pion afin de protéger notre famille.

Papers Please est un jeu vidéo qui questionne la morale du joueur, un jeu qui demande de faire des choix importants aux conséquences sévères. On se rend vite compte que les journées de travail et les vérifications des papiers servent de fil conducteur, que le véritable enjeu de ce jeu vidéo est d’interroger la morale. C’est pourquoi le jeu est parsemé de choix qui déterminent une fin qui peut se révéler tragique. Le joueur se demande donc ce qu’il doit faire : faire son travail ou aider cette femme qui veut rejoindre son fils même si ses papiers ne sont pas en règle et qu’elle peut être une terroriste. Resterons-nous un personnage limité à sa fonction au point que la seule phrase qu’il dit est “papers” ou allons nous aider la révolution même si cela nous coûtera la vie et met nos proches en danger. Pendant la première partie, on ne sent pas toutes ses conséquences mais dès qu’on recommence, on veut faire au mieux, on veut que le personnage s’en sorte et on est donc contraint de faire des choix et de choisir notre destin. C’est dire à quel point le jeu implique le joueur moralement.

L’intrigue du jeu est donc très sérieuse mais le jeu comporte aussi de l’humour grâce aux intrigues secondaires. Je pense notamment à Jorgi, un homme qui va tenter de passer plusieurs fois le poste mais qui aura toujours un élément manquant et sera soit refoulé, soit arrêté. Cela conduit même notre personnage à dire “désolé Jorgi” alors qu’il est en situation illégale, montrant ainsi tout l’aspect comique de ce personnage.

On est vraiment en face d’un jeu dont la réalisation est très bien menée, alliant une intrigue sérieuse et des questionnements sur la morale du joueur à des moments d’humour qui permettent au joueur de souffler. Le rythme est parfait pour que le joueur comprenne et assimile sans avoir trop d’information en même temps.

Continuons à bien faire notre travail.

Douanier simulator :

Le gameplay de Papers Please est très simple, il se limite à quelques clics. On étudie les documents des immigrants, on repère les erreurs en utilisant les différents outils  : vérification d’empreintes, fouille… puis on accepte le passage ou non en tamponnant le passeport. L’interaction physique est donc réduite au minimum car l’essentiel du jeu passe par la réflexion du joueur. Il doit repérer les anomalies en comparant les documents, remarquer tous les petits détails et s’adapter aux nouvelles consignes tous les jours. Papers Please implique vraiment le joueur car il le pousse à garder l’esprit vif pour faire correctement le travail du garde-frontière et gagner le maximum d’argent. Chaque demande traitée rapport 5 crédits et cet argent sert au bien-être de la famille. Il faudra donc traiter correctement mais aussi rapidement pour avoir le maximum de crédits au risque de devoir supprimer la nourriture ou le chauffage pour un jour dans le budget familial, ce qui peut entraîner la mort d’un membre de la famille.

Papers Please est facile à prendre en main et malgré cette simplicité, il est très efficace et répond à nos attentes pour un jeu de ce type. Il est normal de ne pas avoir beaucoup d’interaction si le jeu nous demande d’analyser des documents. La réalisation est donc en accord avec le jeu mais ce dernier s’adresse clairement à des joueurs patients car il devient très vite répétitif.

Au début, c’est simple…

…mais ça se corse très vite.

Une ambiance sombre :

L’ambiance de Papers Please répond aux thèmes que le jeu aborde. On retrouve l’absence d’identité des personnages car ils sont souvent réduits à de simples silhouettes qui remplissent leur rôle, un soldat est vu comme une ombre avec un fusil par exemple. De même, notre personnage ne prononce que le mot “Papers” montrant que son travail est son identité. On sent l’oppression ambiante avec les teintes de couleurs qui sont des nuances de gris mais aussi par l’intermédiaire de la musique. Celle-ci est pratiquement constamment absente, ce qui est déjà oppressant mais c’est encore plus vrai quand elle apparaît. En effet, la musique est une marche militaire forte et rythmée qui montre la présence de ce pouvoir qui nous surveille et qui nous demande de rentrer dans le rythme. C’est vraiment une ambiance qui colle parfaitement avec l’univers de Papers Please.

L’ambiance visuelle est vraiment sobre, les personnages ne sont que des ombres de leur fonction.

Un jeu aux nombreux embranchements mais répétitifs :

La première partie que l’on fait de Papers Please se finit en 3 heures environs. On parvient rarement à tenir plus longtemps car on ne comprend pas encore tous les enjeux et on ne connaît pas tous les dangers potentiels. On recommence donc plusieurs fois le jeu pour ne pas faire d’erreurs et connaître tous les embranchements scénaristiques et toutes les fins possibles. Il y a plus d’une vingtaine de manière de finir le jeu, ce qui occupe longtemps à condition de ne pas se lasser du jeu. En effet, c’est là son plus gros défaut, le contenu est important mais le gameplay simpliste entraîne une répétitivité qui fera abandonner les plus impatients. Même si on peut se dire que c’est volontaire car cela donne une impression de routine qui nous fera nous identifier au personnage.

On a même une note quand on perd.

Papers Please : Gloire à l'Arstotzka
Papers Please est un bon jeu qui remplit son rôle de jeu vidéo engagé. Il pousse le joueur à réfléchir sur sa morale et sur sa liberté. C'est un jeu facile à prendre en main qui implique véritablement le joueur en l'immergeant dans le monde sombre d'un régime totalitaire. Je conseille vivement de l'essayer car c'est une expérience à faire en raison de son originalité même s'il faut être quelqu'un de patient pour l'apprécier.
Scénario8.5
Gameplay7
Ambiance10
Contenu8
Les plus :
  • Un jeu vidéo engagé efficace qui fait réfléchir le joueur.
  • Un gameplay simple et en accord avec le jeu...
  • Une ambiance respectant l'univers oppressant du jeu.
Les moins
  • Une durée de vie faible si on est impatient.
  • ...mais qui devient vite répétitif.
8.4Note Finale
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