La sortie d’un nouvel opus de Dragon Quest est toujours un événement et ce 11ème volet sans doute plus qu’un autre. En effet, si nous avons eu droit à plusieurs spin-offs, un épisode sur 3DS et un MMO réservé au marché japonais, cela fait tout de même plus de 12 ans que nous n’avons pas joué à un nouveau DraQue sur console de salon.

Alors ? Dragon Quest XI : le retour du roi ?

Une saga plus que trentenaire

La série Dragon Quest voit le jour en 1986 sur la Famicom de Nintendo. Elle a la lourde tache de faire entrer le Japon dans le monde jusque là strictement occidental des jeux de rôle.

Pour relever ce défi, l’éditeur de l’époque, Enix, a su constituer LA dream team : HORII Yuji en directeur et game designer, TORIYAMA Akira, le célèbre papa de Dragon Ball au character et monster design et SUGIYAMA Koichi à la musique.

Le visuel principal du premier épisode sur Famicom.

Le succès est total : en s’inspirant de productions américaines comme Ultima, tout en insufflant une esthétique très nippone et des mécaniques de jeu originales, le trio est parvenu à donner naissance à un nouveau genre : le J-RPG, ou jeu de rôle à la japonaise !

La série devient si populaire que, depuis Dragon Quest III, les nouveaux épisodes ne sortent pas en semaine dans l’archipel, de façon à éviter l’absentéisme scolaire et professionnel !

De nombreux autres jeux lui emboîteront le pas, notamment Final Fantasy qui restera longtemps son plus sérieux concurrent, chaque série se nourrissant des innovations apportée par sa rivale.

Le premier Dragon Quest (à gauche) et le premier Final Fantasy (à droite). Si la filiation semble évidente, les créateurs de FF n’hésitent pas à pasticher DQ en mettant en scène la tombe d’Erdrick (ou de Link, héros de The Legend of Zelda, selon les versions), le légendaire héros d’Alefgard.

Toutefois, même si tout va bien pour la saga au Japon, le reste du monde n’aura droit qu’à une petite part du gâteau.

Les 4 épisodes Famicom seront localisé aux États-Unis (sous le titre Dragon Warrior), puis plus rien pendant des années. L’Europe, quant à elle est la grande oubliée de Dragon Quest.

C’est seulement après la fusion de Squaresoft et Enix que la firme nouvellement créée, Square Enix, se tournera vers notre marché, avec la sortie sur PS2 de Dragon Quest VIII (2004 au Japon et 2006 chez nous), le fameux dernier épisode console de salon de la série principale en date.

Depuis, Square Enix, très versé dans le rétro gaming, s’est rattrapé en proposant des remakes des anciens épisodes sur divers supports (notamment iOS et Nintendo DS).

S’il n’est pas indispensable d’avoir joué aux épisodes précédents pour partir à l’aventure dans ce DQXI (en effet, chaque volet a une histoire pouvant être jouée individuellement, même si certains partagent le même univers), il perpétue toutefois la tradition de ses prédécesseurs, tant au niveau de l’histoire que du gameplay, ainsi que de l’arsenal, et bien sûr du bestiaire !

support promotionnel pour les 30 ans de la saga. On peut y voir les personnages principaux de tous les épisodes précédents.

Une quête. Avec des dragons.

Le style narratif de Dragon Quest a bien évolué au fil des épisodes.

Au départ, ils nous contaient des histoires légères et très manichéennes : le seigneur des ténèbres veut s’emparer du monde avec son armée de monstres (et de dragons, bien sur!) et un petit groupe d’aventuriers va s’opposer à lui, le tout dans une esthétique manga teintée d’humour qui se marie à merveille au chara design de TORIYAMA.

Cette formule s’est peu à peu transformée et les DraQue modernes proposent plus de rebondissements et de pirouettes scénaristiques.

En ce sens, ce onzième volet ne déroge pas à la règle : la situation initiale est on ne peut plus classique : vous incarnez un héros que vous aurez le soin de nommer (pour ceux qui manquent d’inspiration, son nom canon est Irebun/Eleven, c’est-à-dire Onze…) et qui devra, conformément à la tradition de son petit village rural, se soumettre à une épreuve pour le jour de ses 18 ans : gravir une montagne voisine. Heureusement, il sera accompagné dans cette tâche de son amie d’enfance : Gemma, ainsi que de Topaze, leur fidèle compagnon à quatre pattes. Il ignore encore qu’il va partir à la rencontre d’un formidable destin qui le conduira à sauver le monde !

Les habitants de Caubaltin sont tous sympathiques avec notre héros.

La première étape de son périple sera Héliodor, ou il prendra conseil auprès du bon et sage roi.

Et là on se laisse surprendre par le jeu pour la première fois…

Ensuite, le voyage à proprement parler commence et on pourra le vivre comme une série : il y a l’arc principal, en toile de fond et l’histoire ou les histoires de chaque lieu visité, qui s’entremêlent.

A la manière de DQVII, la narration va prendre la forme d’une suite de petits contes, souvent avec une morale, plus ou moins explicite, mais qui questionne le joueur.

Il est question de bien et de mal et de la façon dont on les perçoit :

On s’interrogera par exemple sur la loyauté aveugle de personnages au service d’un maître devenu maléfique ; ou sur un autre qui accomplit de mauvaises actions, mais dans un but noble ; ou encore sur un prince couard qui ment à son peuple pour ne pas le décevoir…

Toutes ces fables sont prenantes et truffées de surprises et de pièges scénaristiques : on pense souvent avoir deviné où le jeu nous emmène, et il nous prouve avec un pied de nez qu’on avait tort.

Bref, le scénario est très bien écrit : c’est malin, c’est surprenant, c’est souvent touchant : soit par le tragique de certaines situations qui vous laisseront avec un amer sentiment d’injustice, soit par le coté attachant et drôle des personnages.

Comme dans une série, à chaque fois qu’on recharge sa partie, on a droit à quelques lignes de textes et des illustrations pour nous rappeler les événements des chapitres précédents.

Le voyage commence : un monde magnifique vous tend les bras.

Les différents environnements visités s’inspirent librement de notre monde : un palais dans le désert, issu des Mille et une Nuits, une ville sur une lagune qui rappelle évidement Venise, un paradis tropical inspiré de Hawaï (ou de la Polynésie Française, selon nos traducteurs…) ou encore, plus inhabituel dans un jeu vidéo : une région qui fait référence au Cambodge !

Ces différents paysages abritent une population bigarrée qui se distingue par ses tenues et sa façon de parler (soulignée par l’accent souvent très stéréotypé des doubleurs anglais, seule langue audio disponible pour le moment dans la version européenne…).

L’ensemble forme un monde vaste, vivant et cohérent que l’on pourra parcourir à loisir, à pieds, à cheval (ou toutes sortes de montures…), en bateau…

Le pays sous la mer : un environnement classique de Dragon Quest.

Bien entendu, notre héros rencontrera des personnages qui se joindront à lui au fil de ses pérégrinations, constituant une équipe haute en couleur.

Sept personnages seront jouables au total, plus quelques invités qui prendront part aux combats quelques temps mais agiront de leur propre chef.

Si cette galerie est assez stéréotypée : le héros muet (Chrono? Link?), la puissante magicienne à l’apparence d’un enfant (Shantotto? Porom?), la soigneuse bienveillante, le voleur badass mais au grand cœur… Le développement de chacun est satisfaisant et nombre d’entre eux cachent un secret sur son passé ou ses motivations.

Mention spéciale pour le personnage ouvertement LGBT. C’est certes devenu monnaie courante dans les jeux de nos jours, mais son traitement est intéressant : s’il fait un peu figure de caricature au début (souvenons nous de l’esthétique manga), à mesure qu’on apprend à le connaître, on lui découvre une véritable profondeur, une grande noblesse et des talents qui font de lui un allié incontournable et un des personnages les plus consistants du jeu.

Tous vos alliés (ici avec des costumes alternatifs. Qui a dit “fan service”?…).

Un gluant de métal apparaît !

Nous vous le disions en préambule : DQ est un pionnier en matière de jeu de rôle et ce onzième épisode ne reniera pas un gameplay qui, non seulement était efficace à ses débuts, mais en plus s’est considérablement enrichi au fil des itérations.

En effet, si le concurrent Final Fantasy réinvente son système de combat à chaque épisode ou presque, Dragon Quest conserve la formule d’origine en l’améliorant, offrant à chaque fois plus de possibilités et plus de souplesse au joueur.

Ainsi, il s’agit toujours d’explorer forêts, grottes et donjons grouillants de monstres.

Depuis DQVII, il n’y a plus de rencontres aléatoires : les ennemis sont visibles sur le terrain et l’on peut choisir de les affronter ou non. On peut d’ailleurs effectuer une attaque préventive qui diminue les PV de l’adversaire avant même le début du combat (mais ne l’empêche pas nécessairement de frapper le premier…) !

En combat, vous pourrez choisir entre la caméra classique de DQ : vue de face ; et une plus dynamique.

L’affrontement prend alors la forme d’un combat au tour par tour, l’ordre d’action étant déterminé par les statistiques des personnages et de leurs adversaires.

Le joueur sera libre de contrôler tout ou partie de son équipe, ou de laisser à une IA le soin de le faire. Il pourra, pour cela, lui indiquer quel type de comportement devront adopter tel ou tel personnage.

Il est possible de modifier ces paramètres à tout moment en combat, de même que la combinaison de l’équipe, ou encore l’équipement des personnages.

Autrement, les combattants auront accès à l’arsenal classique des RPG : attaques, aptitudes spéciales, magiques ou non, objets, parade…

Chacun a ses spécialités et pourra équiper 2 à 3 types d’armes différents avec chacun son effet : l’épée est une arme équilibrée qui permet à son porteur d’équiper un bouclier, le fouet est moins puissant mais peut toucher tous les monstres du même type présents sur le champs de bataille, alors que le boomerang peut toucher l’ensemble des cibles…

En outre, chaque type d’arme donne accès à des compétences uniques à débloquer dans l’hexagramme : un arbre de compétence aux multiples possibilités.

Sur l’hexagramme, on peut faire progresser ses personnages de multiples façons : on peut par exemple acquérir les cases en ligne droite jusqu’à une compétence qu’on souhaite débloquer, ou prendre le temps de dévoiler les cases secrètes, qui renferment bien souvent des aptitudes utiles, ou encore jouer la carte de la polyvalence en butinant dans les différentes sections.

Le système de tonicité introduit dans le 8ème épisode, sorte de « Limit Break de DQ », est de retour, légèrement simplifié : après avoir pris quelques coups sur la caboche, les personnages deviendront hypertoniques, ce qui boostera certaines de leurs stats (attaque pour le héros, adresse pour le voleur, soin pour la healeuse, etc…). En outre, cela donne accès à des attaques groupées à deux ou trois personnages, qui peuvent s’avérer bien utiles !

Les combos d’équipe, en plus d’être très utiles, donnent lieu à des animations assez classes.

De nouveaux combos seront débloqués à mesure que les personnages progressent dans leur hexagramme.

Le système de combat, s’il reprend les bases solides qui ont forgées la réputation de la série, offre de nombreuses possibilités qui s’adaptent à votre style de jeu.

Si vous voulez être parés à toute situation, il faudra un arsenal polyvalent.

En effet, si vous équipez votre héros d’une puissante épée à deux mains, vous devriez toutefois conserver une bonne épée simple dans votre inventaire pour pouvoir utiliser la lame de métal ou la lame dragon.

Les épées à une main sont moins puissantes que les épées doubles, mais donnent accès à des compétences fort utiles.

Gérer son équipement est donc indispensable et pour cela, le jeu sera très généreux : vous pourrez bien sur vous procurer l’essentiel dans les échoppes des villes ou au près des marchands itinérants, mais aussi en vainquant certains monstres (n’hésitez pas à consulter le bestiaire pour savoir qui porte quoi !), dans des coffre à trésor, bien sûr, mais aussi en fabriquant vous même les armes et armures dont vous aurez trouvé la recette (fouillez toutes les bibliothèques que vous trouverez!).

Les tueurs de dragons expérimentés reconnaîtront à coup sur les équipements emblématiques de la série : de l’épée de feu au costume de lapin, ils sont tous là et plus encore !

Les points lumineux (dont vous pouvez connaître l’emplacement en consultant la carte) renferment des matériaux…

 

…Que vous pourrez transformer en armes et armures grâce à la forge dans votre campement.

Enfin, l’autre moyen de renforcer votre équipe est de vous adonner à des quêtes optionnelles et autres activités annexes.

Vous croiserez la route de nombreux PNJ qui vous demanderont de leur rendre quelque menu service contre une rétribution.

Pourquoi ne pas mettre l’aventure principale entre parenthèses quelques instant pour venir en aide à la population ?

En effet, les missions proposées sont souvent simples et rapides et les récompenses intéressantes !

Il existe aussi des mini jeux comme la course de chevaux ou le casino (là encore un grand classique de la série), qui permettront de varier un peu les plaisirs (à moins, bien sûr que vous ne soyez allergique aux courses ou que les jeux de hasard ne vous donnent des boutons…), mais surtout de remporter de beaux prix !

Oh joie! De quoi acheter toute la boutique du casino!… Mais ne rêvez pas : il vous faudra probablement plusieurs heures avant de voir cet écran…

D’autres tâches optionnelles vous emmèneront au quatre coins du monde : à la recherche des légendaires mini-médailles ou en quêtes des cibles d’ultrarbalète.

Collectez un maximum de mini médailles pour obtenir de superbes récompenses.

 

Il faudra regarder partout pour trouver les cibles d’arbalète cachées à travers le monde et ainsi gagner des récompenses!

Le guide du voyageur

Dragon Quest XI ne déroge pas à la règle d’or de la série : c’est un jeu qui prend son temps, de par sa narration, mais aussi de par ses nombreux secrets et challenges optionnels.

C’est un jeu qui vous invite à tout explorer dans le moindre détail et qui se dote d’outils en conséquence.

L’ergonomie, tout d’abord, a été peaufinée au fil des épisodes pour rendre votre voyage le plus fluide et agréable possible. Vous voulez accomplir une mission rapidement ? Courrez en évitant les monstres tous visibles à l’écran, enfourchez votre monture ou utilisez un des nombreux points de téléportation.

Vous ne savez plus ou aller ? Consultez une carte intuitive et très complète d’une simple pression sur le bouton !

Besoin d’un matériau en particulier ? Les différentes encyclopédies à votre disposition vous aideront à trouver votre bonheur en un rien de temps.

Seul bémol, les menus, s’ils ont beaucoup évolué au fil des ans (souvenez vous que dans le premier DQ, on doit ouvrir un menu pour CHAQUE action), restent un peu indigestes, de même que le système d’objets qui vous demandera régulièrement de faire un tri manuel.

Explorez Elréa à pied, à cheval, ou pourquoi pas à dos de monstre? Certains adversaires peuvent être chevauchés et vous faire profiter de leurs compétences spéciales!

La réalisation, ensuite, est de très bonne qualité et sert admirablement la très belle direction artistique.

Les décors sont magnifique et le mélange de styles : assez réaliste pour les environnement et plus cartoon pour les personnages ; fonctionne à merveille. Ce n’est pas sans rappeler The Legend of Zelda : Breath of the Wild.

Dès le début du jeu, on nous invite à la contemplation.

Un beau travail est fait sur les lumières qui sont dynamiques puisque le jeu inclut sa traditionnelle mécanique jour/nuit, mais aussi des changements de météo (dans certaines maps).

Ces changements, outre une influence sur le gameplay (certains monstres ne sortent que la nuit, ou quand il pleut, certains points de récolte de matériaux ne sont disponibles que sous des conditions spécifiques…), permettent de rendre différente chaque nouvelle visite d’un lieu.

Ambiance nuit et pluie…

Les personnages sont bien modélisés, leurs textures détaillées, et ils bougent de façon naturelle. Même le mouvement des lèvres dans les scènes de dialogues sont convaincants.

Admirez le détail des textures et des lumières. C’est dommage que la lettre que vous remet ce personnage n’ait pas été modélisée…

Enfin, les musiques, dont certaines ne seront pas inconnues des vétérans, sont somptueuses. Les compositions de SUGIYAMA, à grand renfort de cuivres, donnent un souffle épique à votre aventure.

En bref, ce Dragon Quest vous invite dans une grande et belle aventure, alors en selle!

Test réalisé sur PS4 classique

Par Matriper

[Test] Dragon Quest XI - les combattants de la destinée sur PS4 et PC : le retour du roi!
Ce nouvel opus de Dragon Quest respecte une longue tradition en s'appuyant sur ses aînés pour en améliorer la formule. Il nous propose une aventure d'une grande richesse, tant au niveau du gameplay que de sa narration et le tout servi par une réalisation quasi-irréprochable. Avec sa courbe de difficulté maîtrisée et l'introduction progressive des différentes mécaniques de jeu, il séduira tant les novices que les joueurs expérimentés. Sa durée de vie est conséquente, puisque vous pourrez compter 80h pour finir la quête principale (en prenant son temps, mais, encore une fois : les DQ ne sont pas des jeux pour les speedrunners!) et plus de 100 pour en découvrir tous les secrets. Un titre à essayer absolument !
Le scénario90%
Les graphismes90%
Le gameplay100%
Le contenu100%
La musique90%
Les points positifs
  • Une aventure épique et colorée, tantôt drôle, tantôt émouvante, et souvent surprenante.
  • Son gameplay riche et équilibré en fait un bon point d'entrée dans la série pour les novices, mais aussi un épisode qui plaira aux fans de longues date.
  • Une durée de vie conséquente.
Les points négatifs
  • Certains aspect des personnages sont un peu clichés.
94%Note Finale

Laisser un commentaire