Sortit en 2017, HellBlade est un jeu d’action-aventure, fruit de la promesse d’un Triple A indépendant faite par Ninja Theory (Ninja Gaiden). Le jeu nous met dans la peau de Senua, une guerrière Picte maudite par les ténèbres. Elle est en pèlerinage pour Hellheim, le royaume des morts de la mythologie nordique dans le but de retrouver son amant Dillion. Vous devrez l’accompagner tout au long sa quête et ses tourments dans un monde changeant et dérangeant. Mais Hellblade est-il chef d’œuvre d’ambiance et de gameplay ? Ou est-il un Enfer pour le joueur ? C’est ce que je me charge de vous faire découvrir dans ce test !

Un cauchemar crédible et viscéral

Hellblade propose un voyage malsain et déstabilisant dans la folie. L’expérience que veut nous transmettre le jeu est celui d’une guerrière détruite par la maladie mentale qui la hante un peu plus chaque instant. Une expérience superbement retranscrite par trois gros points forts majeurs : son sound design, une narration et un scénario crus et sans retenus ainsi que des mécaniques de gameplay très en phase avec le thème du jeu. Attaquons-nous d’abord au son…

Le Sound Design

Le jeu maîtrise le son de manière exemplaire. L’usage du casque est, selon moi, un impératif pour en profiter pleinement. La localisation des sons est un bonheur et sublime l’ambiance du jeu. En effet, Senua est hantée par des voix en permanence. Chacune est unique et représente une de ses émotions directes. Une d’entre elle fait la narration de son histoire, se remémorant peu à peu son passé qu’elle a reniée. Entendre ses voix dans votre casque vous fera prendre conscience de l’enfer qu’elle vit… Un énorme plus pour l’expérience et l’immersion. Cela constitue même l’une des raisons pourquoi j’ai tant accroché à l’ambiance. Tous les sons semblent justes : les cris de Senua semblent plus que vraisemblables, les ennemis grognent à en paraitre bestiaux et certains sons sont encore gravés dans ma mémoire, notamment ceux des labyrinthes de feu de Surt. Certains puzzles du jeu vous demande de vous fier à votre ouïe et Ninja Theory s’exécute avec brio sur ce point. Petit bémol pour la partie du dieu de l’illusion ou les sons peuvent complètement vous perdre. Et perdre le joueur, qu’importe l’expérience, n’est vraiment pas quelque chose de souhaitable, surtout quand ce n’est pas intentionnel. Le seul point qui m’a gêné est la compression de certains sons que l’on entend en permanence : les bruits de pas, d’échelle et d’eau sont de moins bonne qualité et ça s’entend. Petit détail d’autant plus tache dans un sound design quasiment irréprochable. Malheureusement, le son seul ne peut pas porter l’ambiance s’il n’est pas accompagné d’une mise en scène efficace… Ce n’est heureusement pas le cas de celle de HellBlade.

La narration et la mise en scène

TEST Hellblade: Senua's Sacrifice PS4

Un des nombreux passages ou Senua est impuissante face à ses propres ténèbres. La mise en scène fait beaucoup ressortir sa détresse face à son tourment

La mise en scène et la narration sont, dans un premier temps, cryptiques, étouffantes et sombres. En effet Senua est confrontée en permanence à ses démons intérieurs. Dans un premier temps on ne sait pas grand-chose de sa quête, uniquement qu’elle va affronter les dieux pour retrouver son amant. Mais le jeu va nous faire découvrir toutes ses plus grosses phobies, via une mise en scène qui laisse beaucoup de liberté d’interprétation au joueur en ne divulguant jamais totalement les informations laissant ainsi le doute planer et l’incertitude gouverner. Comme dit plus tôt, le jeu se présente d’abord comme un combat contre les dieux jusqu’à Hela. Avant de faire comprendre au joueur que c’est un combat contre elle-même où chaque situation représente un de ses nombreux tourments. Un long chemin vers l’acceptation et semé de traumas refoulés. Tout ceci est exécuté adroitement : Senua s’adresse à la caméra quand elle se parle à elle-même, chaque boss ou épreuve représente un de ses démons intérieur et le joueur devra apprendre à discerner la vérité de ce qui est créée par l’esprit de Senua. Elle est d’ailleurs très bien animée et son visage retransmet toutes sortes d’émotions crédibles aussi bien terrifiantes qu’apaisés. C’est une mise en scène audacieuse qui prend à contrepied la représentation de la maladie mentale. HellBlade créé là un portrait très juste de la schizophrénie dans toute son horreur et sa paranoïa. Tout ceci perd malheureusement en vitesse lors de la deuxième partie. Le rythme fait alors sortir les joueurs de l’expérience malgré la première partie dantesque. De plus certains  dialogues sont clairement mal dosés dans leur côté dramatique rendant des moments poignants beaucoup moins puissant. Je trouve que la fin m’a pas mal déçu, même si je pense qu’elle conclut convenable le scénario, sans plus.

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On n’oublie pas le petit passage dans la mer de cadavre. Miam

En bref l’ambiance est pour moi le gros point fort de ce titre, il véhicule une expérience unique en son genre et tient plus de l’horreur que de l’action aventure sympathique. Tout est à son service : la mise en scène, le son et même les mécaniques de jeu toutes dérivées du thème de la maladie et du mental. Mais qu’en est-il du gameplay ? Est-il à la hauteur de ce que l’ambiance propose ?

Un gameplay perturbant et imparfait.

C’est là, selon moi, le point noir du jeu. Parlons des points positifs dans un premier temps. Les mécaniques de gameplay sont toutes bien ancrées dans la narration et l’atmosphère. Le joueur doit se battre pour faire revenir l’espoir en Senua a chaque fois qu’elle prend un sale coup. Les monstres apparaissent et disparaissent, comme s’ils n’avaient jamais été là. Beaucoup de puzzles sont basés sur des versions alternatives d’un endroit, comme différentes facettes d’une même réalité. Il y a beaucoup d’épreuves basées sur le fait que Senua de voit pas la réalité comme les autres.

Ce boss, Surt, est très impressionnant au premier abord. Remarquez qu’il n’y a aucun HUD, ce qui renforce l’immersion.

L’ensemble est thématiquement très réussi. Les combats sont très satisfaisants avec des feedbacks très fort comme lors des parades. Les coups et enchainements de Senua ont de l’impact et nos ennemis ne se laissent pas faire. Le joueur a une épée de Damoclès au-dessus de sa tête en la menace d’une mort permanente s’il meurt trop rendant l’expérience d’autant plus oppressante. La difficulté adaptative est aussi très appréciée. Les voix que Senua entend sont très efficaces en tant que guide pour aider le joueur.

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La liste des commandes à droite

Là où le jeu perd le joueur c’est qu’il ne lui propose pratiquement aucun tutoriel. Toutes les commandes sont dans le menu start sans jamais être introduites. Sur un jeu à deux boutons, ça passerait, ici on a deux schémas de commandes différents pour l’exploration et le combat. En parlant de combat, le bestiaire est composé de l’incroyable somme de 4 monstres, 5 si on compte la variante avec bouclier. D’autant plus que les combats peuvent être exploités par le coup sprinté mal équilibré. Vous ne pouvez également pas dirigez la caméra librement en combat, le jeu vous force une opposition si un ennemi est présent. Ce qui rend les combats à 3 monstres ou plus difficiles à gérer bien que vos voix vous préviennent des attaques de flanc.

Le rythme du jeu est très binaire et inégal. On alterne les phases de combat et les phases de puzzle de manière répétitive et ce jusqu’à la fin du jeu. Mais une phase peut durer 10 minutes comme 45 minutes. Surtout dans la deuxième partie du jeu ou les puzzles s’enchainent. Les puzzles sont bien pensés et thématiquement très justes mais ils ne se renouvellent pas assez. On réutilise souvent les 3 mêmes mécaniques de puzzle pendant tout le jeu. Seule surprise : la mécanique des torches dans le dernier quart du jeu qui est malheureusement un prétexte pour porter l’une des trois mécaniques existantes : les portes runiques.

Les portes runiques aka « Ou est Charlie chez les déments »

Les portes runiques sont l’une des trois grosses mécaniques de puzzle du jeu. Une porte comporte un ou plusieurs symboles. Vous devez retrouver ce/ces symbole dans l’ensemble de pièce dans laquelle vous êtes bloqué et ainsi déverrouiller la porte. Cette mécanique représente pratiquement la moitié puzzles du jeu. Elle est amusante au début, parce qu’elle est plutôt rare. Mais la deuxième moitié est bondée de ces puzzles sans intérêt où le joueur peut arbitrairement se retrouver bloqué pour ne pas avoir regardé au bon endroit dans le bon angle. Cette mécanique tue le rythme du jeu, du récit et m’as totalement sortit du jeu à certains moments. Malgré la vocation qu’elle a de représenter la « vision » qu’a Senua, je trouve que cette mécanique est l’un des gros points noirs du jeu.

TEST Hellblade: Senua's Sacrifice PS4

Une porte runique…

Pour finir sur le gameplay, le level design est parfois maladroit et force des allers-retours et des agacements qui auraient pu être évités. Ces éléments gâchent l’immersion du joueur et on regrettera que la course ne soit pas automatique. J’ai maintenu le bouton R1 pour 75% du jeu. Le jeu présente donc de gros défauts, notamment dans la deuxième partie du jeu, mais reste malgré tout plaisant à jouer.

TEST Hellblade: Senua's Sacrifice PS4

… et la rune à trouver

Technique et Visuel : Ombre et lumière

Le jeu est visuellement très agréable. On appréciera les jeux de lumières très prononcés, l’ombre instable lors des moments de folie de Senua, L’obscurité absolue lors qu’elle est désespérée, les milieux paradisiaques quand elle pense à son amant. Le jeu nous en fait voir de toutes les couleurs. Les nuances entre la folie et les moments de pause sont très visuels : Nuages instables, obscurité dévorante et visuels inhospitaliers sont de mise quand Senua se laisse dépasser. Un mode photo est d’ailleurs proposé, ce qui permet de faire de somptueux clichés. L’esthétique du jeu est très en phase avec son thème de la mythologie nordique et du caractère instable du personnage. Le visage de Senua est toujours très bien animé. L’esthétique reste cohérente malgré la difficulté du sujet et on sent que l’Unreal Engine 4 sublime tout ça. Cependant j’ai pu remarquer des textures très pixelisées et étirée de près et la caméra passe quelquefois derrière les murs. On regrettera aussi le manque d’animations environnementales pour faire oublier les murs invisibles omniprésents.

TEST Hellblade: Senua's Sacrifice PS4

[TEST] HellBlade : Senua’s Sacrifice
HellBlade : Senua’s Sacrifice est une expérience unique à vivre. Mise en scène bien exécutée, scénario intriguant…, L’ambiance et le son sont les pièces majeures de ce théâtre de la maladie mentale. Malgré un gameplay satisfaisant sans plus et une perte de rythme en deuxième partie, le jeu est dérangeant et prenant dans l’expérience qu’il propose. On sent bien l’attention et les recherches qui ont été faites pour retranscrire au mieux l’expérience qu’est la psychose. Un ovni à tester pour les amateurs d’expériences fortes et malsaines.
Narration & Ambiance70%
Sound Design90%
Gameplay50%
Graphismes et visuels75%
Les points positifs :
  • L’ambiance et l’expérience qui prennent aux tripes.
  • Les jeux de lumières et les visuels proposés
  • La nervosité des combats et leurs gamefeel
Les points négatifs
  • Le level design un peu perdu
  • Les répétitions et le rythme
  • LES RUNES (au secours !!)
65%Note Finale
Note des lecteurs: (0 Vote)
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