Sorti initialement en 2016 sur PC et Mac, puis en fin d’année dernière sur consoles de salon, voici que Le Comte Lucanor s’offre une sortie sur PSVita, le 9 janvier dernier. Prévoyez des chandelles en quantité, nous allons descendre dans les profondeurs de Château Ténèbre…

Il était une fois

El Conde Lucanor est le titre d’un recueil de contes moralistes espagnols datant du 14ème siècle. Pour le scénario de ce jeu, on ira plutôt chercher du côté des oeuvres des frêres Grimm, célèbre duo de conteurs allemands dont les histoires comportent souvent une part sombre ; d’ailleurs les personnages ont des noms à consonnace germaniques, à commencer par le protagoniste.

Il était une fois un petit garçon prénommé Hans qui habitait avec sa mère dans une petite masure à l’orée de la forêt. Ils vivaient une vie de misère en espérant le retour d’un père parti à la guerre des années auparavant.

Lorsqu’il atteignit son dixième anniversaire et las de leur pauvre condition, Hans décida de partir à l’aventure, en dépit des plaintes de sa mère. Cette dernière, malgré sa réticence, lui fera trois présents pour l’aider dans les épreuves à venir.

Le début du jeu est joyeux et coloré.

Sur le chemin, Hans rencontre plusieurs personnages, qu’il pourra choisir d’aider ou non. Au joueur de décider s’il appliquera une morale de conte de fée… ou pas.

Ses choix auront une conséquence sur la suite de ses aventures, sans pour autant être un frein à celle-ci.

Le garçon finira par trouver le sommeil d’une manière ou d’une autre, selon la façon dont on aura joué, et sera hanté par d’étranges visions d’un corbeau. S’éveillant en sursaut, il constate que tout autour a changé et devient menaçant.

La nuit, même les biches deviennent effrayantes!

 

Il suit un mystérieux lutin bleu jusqu’à un vieux chateau et celui-ci lui propose de passer un test. L’épreuve est on ne peut plus simple : il doit deviner son nom. S’il y parvient, il deviendra le nouveau comte Lucanor. S’il échoue, c’est la mort qui l’attend.

Sans hésiter, Hans pénêtre le chateau…

Le scénario, sous ses airs faussement naifs, vous fera plonger dans les profondeurs d’un monde plein de faux-semblants et où des rebondissements inattendus vous mèneront à une des multiples fins proposées.

La canne, le fromage et les trois pièces d’or

Hans, s’il aime a répéter qu’il est grand, n’en est pas moins vulnérable. Il ne peut ni courir, ni sauter, ni se battre. Il en résulte un gameplay très simple, mais néanmoins efficace.

Notre jeune ami evolue dans des environnements en vue de dessus, à la manière d’un Zelda en 2D.

Une touche lui permet d’interagir avec les PNJ et objets à proximité ; une autre invoque un inventaire dans lequel il stocke les différents items necessaires à sa progression.

La plupart des énigmes du chateau seront donc résolues en apportant tel objet à tel endroit, comme on le ferait dans un jeu d’aventure point and click.

La ressource la plus importante est les chandelles. Il fait noir comme dans un four dans le couloirs du palais et Hans pourra les déposer ça et là pour éclairer son chemin et anticiper les menaces. Elles peuvent aussi être utilisées de manière stratégique pour marquer un lieu spécifique, car l’exploration des différentes salles se fera de manière non-linéaire et le joueur devra se repérer sans carte.

On trouve de rares sources de lumière dans le château, mais bien souvent, Hans devra se débrouiller avec ses chandelles.

 

Il existe aussi diverses nourritures permettant au garçon de regagner plus ou moins de santé. Ces mets sont en quantité limitée, il faudra donc éviter le gaspillage.

Enfin, les pièces d’or seront nécessaires pour acquérir des biens auprès du marchand ou pour sauvegarder sa partie. Il faudra là aussi être parcimonieux!

Au cours de son aventure, Hans interagit avec quelques PNJ, lesquels lui donneront accès, via des clefs de différentes couleurs, à de nouvelles zones du château.

Heureusement, le château compte aussi quelques personnages amicaux.

 

Le level design de celles-ci est bien pensé et on devra les explorer de fond en comble pour trouver chaque lettre qui compose le nom du lutin bleu, tout en faisant preuve d’astuce pour résoudre les énigmes plusbou moins retorses et d’habileté pour éviter monstres et pièges.

Vos progrès feront également passer le temps et le lutin bleu vous apparaitra à certaines heures pour vous informer de l’apparition de nouveaux dangers, faisant croitre progressivement la difficulté. Cet aspect fait écho à la progression non-linéaire à travers le chateau en évitant que les allers-retours soient trop redondants.

Face aux horribles créatures qui peuplent Chateau Ténèbre, Hans n’aura d’autre choix que la fuite. Il pourra se cacher sous les tables ou derrière les rideaux, action qui se fera automatiquement au contact de la cachette.

Les monstres ont différents comportements, certains vous prenant en chasse sans relâche, d’autres essayant de vous attirer à eux, ou d’autres encore se contentant d’essayer de vous mordre si vous passez à leur portée, mais tous ont une IA très limitée et il sera, dans l’ensemble, assez facile de les éviter.

Berger : “On ne peut pas faire confiance aux chèvres, n’est-ce pas?”

 

Pixels baroques

Votre aventure sur les traces du Comte Lucanor vous mènera dans des environnements de plus en plus sombres et de plus en plus glauques, le tout servi dans une esthétique pixel art inspirée des vieilles machines 8-bits de deuxième génération (oui, avant la nes!). Le rendu peut déplaire aux joueurs qui ne sont pas fans de rétro.

Plus précisément, si les décors sont jolis et cohérents, les sprites des personnages sont un peu pauvres. Ceux des monstres, en revanche, malgré une grande simplicité, sont assez convaincants.

A mesure que l’on progresse, les environnements se font de plus en plus effrayants.

 

Hans aurait gagné à bouger un peu plus vite, mais il n’y a rien de catastrophique. Par contre, l’écran tremble légèrement lors des changements de directions (si on passe d’un mouvement horizontal à un mouvement vertical, et vice-versa), ce qui peut donner un peu le mal de mer.

L’aventure est entrecoupée de petites scènes joliment illustrées et plutôt bien animées. Cela reste toutefois très marginal : au tout début du jeu, puis à la fin du prologue et enfin une fois l’aventure conclue.

On aura droit à quelques petites scènes colorées.

 

D’un point de vue sonore, on a droit à quelques pièces méconnues du maitre de la musique baroque : Jean-Sébastien Bach, remixées à la sauce cheap tunes (ce n’est sans doute pas pour rien que le studio responsable du titre s’appelle Baroque Decay…). Ca rend plutôt bien, mais le petit nombre de pistes rend vite l’expérience répétitive.

Le design sonore est en revanche très efficace : on entend les monstres approcher et certains font des bruits assez angoissants, incitant le joueur à progresser avec la plus grande prudence.

Enfin, notons que le jeu bénéficie d’une localisation de bonne qualité qui donne du relief aux différents personnages, comme par exemple Giulia qui s’exprime de façon volontairement redondante en usant de nombreux synonymes et périphrase dans chacun de ses propos.

Les personnages changent parfois brutalement de registre de langue, ce qui ne manque pas de provoquer surprise et hilarité.

 

Les quatre clefs

The Count Lucanor est une aventure intéressante, comportant quelques énigmes bien trouvées. Son scénario, inspiré des contes européens teintés d’horreur saura vous emporter.

S’il n’est pas terrifiant, il comporte quelques images dérangeantes, mais la distanciation créée par l’aspect visuel saura les désamorcer. La peur réside surtout dans le sentiment de vulnérabilité généré par le gameplay qui vous place dans la peau d’un enfant sans défense devant avancer dans le noir ; et servi par un design sonore efficace.

Si on est amateur du genre, et pour peu qu’on arrive à passer outre sa patte graphique assez particulière, on se laissera tenter par ce conte macabre.

Son grand défaut, inhérent à son statut de jeu indépendant, est malheureusement une durée de vie très faible. A peine quelques heures pour découvrir l’une ou l’autre des fins proposées. S’il offre, avec cinq conclusions possibles, une certaine rejouabilité, on peut quand même se poser la question du prix.

Proposé à une trentaine d’euros sur PSVita et 15 sur consoles de salon (en version dématérialisée, comptez 30€ pour les rares versions en boite…), on préférera sans doute la version PC/Mac à 9,99€, voir même attendre une baisse de prix.

Par Matriper

Test réalisé sur Switch

[Test] Le Comte Lucanor - conte horrifique pixelisé
Le scénario8
Les graphismes6
Le gameplay7
Le contenu3
La musique6
Les points positifs
  • Une aventure sympathique avec une vraie ambiance
  • Des mécaniques efficaces
Les points négatifs
  • Une durée de vie trop courte
  • Un prix un peu élevé à l'aune de sa durée de vie
6Note Finale
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