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A l’occasion d’un portage multi-plateformes : d’abord sur mobiles iOS et Android en 2016, et depuis le 15 décembre 2017 sur consoles de salon et PC, Romancing Saga 2 s’offre une traduction anglaise… 23 ans après sa sortie japonaise! Découvrons ensemble un J-RPG pas comme les autres!

Une autre vision du J-RPG

Cette vision, c’est celle de KAWAZU Akitoshi, un Game Designer de chez Square qui travaille sur les deux premiers opus de Final Fantasy. Si le premier s’inspire des Dragon Quest, dans la plus pure tradition du RPG nippon, dans Final Fantasy II, Kawazu expérimente de nouvelles idées de gameplay, notamment pour ce qui concerne l’évolution des personnages. Cette nouvelle approche sera le terreau de sa propre série : SaGa, avec un premier titre sorti en 1989 sur Game Boy sous le titre Makai Toushi Sa.Ga (Littéralement : “Les guerriers dans la tour du monde des esprits”) et connu aux USA en tant que Final Fantasy Legend. Il connaitra deux suites sur Game Boy, avant de passer sur Super Famicom, devenant au passage Romancing SaGa. Le titre qui nous interresse est donc le cinquième volet de la saga et il voit les choses en grand!

Romancing Saga 2

Makai Toushi Sa.Ga, alias FF Legend

Romancing Saga 2

Au départ, les jeux SaGa
reprennent les mêmes références que les Final Fantasy

La dynastie d’Avalon

Au niveau du scénario, tout d’abord : si le début du jeu est assez classique, la narration va vite prendre des proportions inégalées.

Romancing Saga 2

Installez-vous confortablement, le barde va vous narrer l’histoire de l’empire d’Avalon

En effet, l’histoire débute alors que l’empereur Léon et ses deux fils luttent pour liberer leurs terres du joug de monstres toujours plus nombreux et agréssifs. Nous sommes en l’an 1000 et le
royaume d’Avalon n’est guère plus qu’une petite ville dans les montagnes du Nord Barene. Le monarque affronte le démon Kzinssie et celui-ci n’est défait qu’au prix d’un lourd sacrifice. Mais les ennuis ne font que commencer car cet ennemi n’était pas seul… En Avalon, on raconte que, jadis, un terrible mal voulut s’emparer de la Terre. 7 héros se dressèrent alors contre lui et le vainquirent au prix de leurs vies. Une prophétie anonçait le retour des 7 si un jour le monde était à nouveau menacé. Hélas ceux qui reviennent aujourd’hui ont été corrompus par des siècles d’oubli et complotent à présent contre l’humanité. Kzinssie était l’un d’entre eux. La famille royale d’Avalon va jurer de mettre un terme définitif à cette menace, une entreprise pour laquelle une vie entière ne suffira pas. Heureusement, nos héros disposent d’une puissante magie : l’héritage.

Romancing Saga 2

Le roi Léon et son fils Gerard à l’aussaut de la ville de Somon, repaire de Kzinssie

Passés les premiers scénarios qui font office de préambule, le joueur aura la possibilité d’explorer à sa guise l’un des premiers mondes ouverts de l’Histoire du jeu vidéo. Il pourra s’ouvrir
des routes jusqu’aux confins de la carte à mesure qu’il libère des territoires qui viendront étendre son empire. Il prendra donc part, dans l’ordre de son choix, à des dizaines d’évènements, parfois anodins (détruire un repaire de monstres, aller chercher des pierres précieuses pour renflouer les caisses de l’empire…), parfois poétiques (la romance entre un empereur et une sirène), tragiques (une fratrie déchirée par la guerre civile) et souvent épiques (combattre un géant dans des ruines au cœur d’une jungle hostile, affronter l’armée des 7 à bord d’un “vaisseau terrestre” voguant sur la steppe…) et s’étalant sur plusieurs générations d’empereurs pendant plus de 400 ans!
On visitera des environnements variés et au level design efficace, avec quelques originalités, comme le désert où la chaleur réduit le nombre de HP, ou les steppes glacées où le sol glissant rend la progression ardue. Le remaster nous gratifie d’un donjon supplémentaire, ainsi qu’un événement impliquant un personnage clé, mais cela ne fait malheureusement pas beaucoup avancer l’intrigue.

Romancing Saga 2

Le roi Léon (à gauche) et son fils Gerard, les deux premiers d’une longue lignée

Un gameplay impérial

Cette dimension grandiose du scénario est avant tout un prétexte à un gameplay XXL. La feature principale de celui-ci est bien sur la magie de l’héritage. Si un empereur tombe au
combat, toutes ses statistiques et capacités se transmettent à son successeur, choisi par le joueur parmi 4 candidats possibles. S’il va au bout de sa (ses) mission(s), un saut dans le temps de
plusieurs décennies aura lieu et un nouveau dirigeant reprendra le flambeau. Le dynaste s’entoure de 4 guerriers choisis parmi les classes de base, disponibles au château d’Avalon (fantassin, fantassin lourd, ranger, mage de la cour…) ou des classes plus avancées recrutées chez les vassaux de l’empire (garde du désert, nomade, croisé, pirate, sirène…) : une vingtaine de jobs au total, et dont la plupart sont disponibles au masculin comme au féminin. Les combinaisons sont quasi infinies!
Tous les personnages ont, en plus des classiques HP et MP (JP dans la version originale), à gérer des LP (pour Life Points). Ils en ont en moyenne une dizaine et cette ressource ne peut pas s’accroitre et n’est restaurée qu’au prix de potions très rares (et donc très chères). Lorsque les HP d’un personnage tombent à 0, il est inconscient et perd un LP, puis un LP supplémentaire pour chaque attaque subie tant qu’il n’est pas ranimé. Si ses LP tombent à 0, il meurt et ne peut plus être ressuscité. Pire encore : certaines attaques (comme celles de Kzinssie) attaquent directement les LP! Heureusement, les HP sont entièrement restaurés après chaque bataille. Ce système de “perma-death”, grand classique des jeux SaGa, rend les personnages interchangeables, ce qui permet de varier l’expérience de jeu en changeant régulièrement la composition de son équipe, mais limite le développement des personnalités : en dehors de Léon, Gerard et l’empereur final, tous les personnages joués sont un peu génériques. Les différentes classes, si elles aiguillent le comportement du joueur, n’en sont pas moins versatiles. On peut ainsi équiper une épée à deux mains à un archer si le cœur nous en dit, mais le résultat sera moins efficace. En effet, chaque personnage dispose d’un attribut pour chaque type d’arme ou de magie et progressera dans chaque domaine à mesure qu’il combat. Comme dans Final Fantasy II, que nous évoquions plus haut, il n’est pas question ici de points d’expérience ou de niveaux : chaque caractéristique augmente de façon individuelle. Votre héros a tué des monstres à l’épée? Il va s’améliorer dans son maniement. S’il a reçu des dégâts, il gagnera des HP, et ainsi de suite…

Romancing Saga 2

Dans cet exemple: Gerard se débrouille bien à l’épée, mais il ne sait pas manier la hache ou l’arc, ni combattre à mains nues.

Ce mode d’évolution peut sembler être une invitation à “grinder”, pour avoir le puissant guerrier-mage dont vous avez toujours rêvé. Toutefois, il va falloir être prudent avec les trop
longues sessions de levelling, car les ennemis aussi évoluent! Lorsque nos héros explorent un territoire hostile, ils peuvent voir les ennemis se déplacer sur la carte. Pas de rencontres aléatoires donc, le joueur est libre de combattre ou de fuir. (Notez que dans la version originale sur SFC le fait de courir brouillait la vision du personnage qui ne voyait les ennemis que lorsqu’ils étaient tout proches, rendant la fuite parfois très périlleuse! Cette fonction est absente du remaster.) En observant les sprites, on saura à quelle “famille” de monstres on aura affaire (Hommes-bêtes, morts-vivants, oiseaux, poissons, dragons, etc…), mais pas leur puissance qui dépend en partie du nombre d’ennemis tués. Aussi un sprite d’homme-bête pourra-t-il cacher un inoffensif lapin, un gobelin un peu plus belliqueux, ou encore un dangereux ogre ou minoritaire. Heureusement, pour faire face à ces menaces toujours grandissantes, les guerriers peuvent compter sur des techniques toujours plus efficaces, pour peu qu’ils parviennent à les inventer. En effet, dans tous les jeux SaGa depuis le premier opus SFC, les techniques s’acquièrent en combat de manière aléatoire, aussi se peut-il que vous voyiez une ampoule apparaitre au-dessus de la tête d’un combattant avant que celui-ci n’utilise une technique jusque là inconnue. Cela marche aussi bien pour les techniques offensives que défensives. Bien évidemment, l’apprentissage de ces compétences dépend de la spécialisation : n’attendez pas d’un mage qu’il invente une attaque à la hache! Il dépend aussi de votre adversaire : vos chances d’apprendre la technique ultime en combattant un lapin sont quasi nulles. Les techniques consomment une ressource spécifique : les SP (Skill Points ; à l’origine WP, pour Waza Points).

Romancing Saga 2

James est sur le point d’apprendre une nouvelle technique!

Le système de magie est un peu différent et nécessitera la construction d’un laboratoire, dans lequel vos mages travailleront à la création de nouveaux sorts de l’un des 5 éléments disponibles :eau, feu, terre, vent et lumière ; plus un élément caché : les ténèbres ; voire même combinant deux de ceux-ci (chaque élément peut se combiner avec tous les autres sauf celui qui lui est opposé, soit 10 mélanges possibles!) pour un total de 50 sorts.
Enfin, dernière feature qui rend le gameplay grandiose : la gestion de votre empire. A mesure que l’on progresse librement dans le scénario, celui-ci va grandir et il sera possible, dans une
certaine mesure, de l’administrer. On pourra donc construire le fameux labo, une caserne pour les nouvelles classes issus des territoires nouvellement conquis, un verger pour accroitre les ressources, une université… Ou financer la recherche et le développement de nouvelles pièces d’équipement. Tout ceci a bien sûr un coût, mais, outre les sommes astronomiques trouvées au cours de ses pérégrinations, l’empereur prélèvera un impôt à chaque combat, dont le montant dépend du nombre de terres lui appartenant. Dès les premières minutes de jeu, les caisses de l’état seront pleines de centaines de milliers!

Romancing SaGa 2 est donc un jeu aux possibilités très variées et offrant une expérience de jeu très riche. Elle nécessite toutefois une gestion très pointue avec de nombreux miro-
managements (4 ressources différentes, plus l’argent, le compte d’ennemis, l’apprentissage de techniques, de magies, l’empire…) et des mécaniques pas ou trop peu expliquées et qui reposent
souvent sur des données cachées (par exemple, pour débloquer de nouvelles magies, il faut faire progresser le “niveau global” pour cet élément. Ce dernier n’est visible nulle part et on peut tout juste l’extrapoler à partir de savants calculs…) On est souvent confrontés à des choix difficiles : j’ai appris une super technique, mais j’ai perdu plusieurs LP, dois-je continuer ou recharger ma sauvegarde?

Heureusement, le jeu permet de sauvegarder à tout moment! En outre, le remaster propose une fonction de New Game + qui permet de conserver tous ses équipements, les fonds de l’empire et les niveaux globaux, mais pas les stats individuelles ni les techniques/magies, mais ni non plus le compte de combats (donc l’évolution des ennemis. Ouf!). Cette fonction est même  accessible sans avoir fini le jeu.

Dans un très bel écrin

Cette richesse de gameplay est servie par une direction artistique soignée et une réalisation de qualité.

En effet, à l’époque de sa sortie sur Super Famicom, en 1993, Romancing Saga 2 n’a pas à rougir de ses graphismes, qui servent efficacement le chara design de KOBAYASHI Tomomi. S’ils ont un peu vieilli, l’équipe d’ArtePiazza a fait un travail remarquable de  remastering et nous livre dans ces versions une relecture fidèle des images d’origine.

Les sprites des personnages sont les mêmes que sur SFC, un peu lissés ; les décors, en revanche, sont refaits à neuf. L’ensemble fonctionne très bien et les personnages s’intègrent bien à leur environnement.

Les illustrations des ennemis lors des combats ont également eu droit à un lifting. Outre une refonte graphique, certains d’entre eux,  notamment les boss, ont aussi été augmentés d’animations. L’effet produit est parfois un peu étrange, puisqu’il s’agit plus d’une distorsion sur une image fixe que de véritables étapes d’animation ; cela a quand même le mérite d’ajouter un peu de mouvement à ces ennemis.

Romancing Saga 2

Les graphismes SFC étaient tout à fait corrects pour l’époque…

Romancing Saga 2

…mais le remastering les magnifie!

Dommage que la bande-son n’ait pas eu le même traitement. En effet, si les musiques exploitaient bien les capacités sonores de la SFC, les arrangements nous sont livrés à l’identique. Fort heureusement, en matière de composition, le travail de ITO kenji est splendide et ses
différentes pièces ont bien vieilli.

Ses compositions sont riches, variées et il souffle souvent dessus un vent épique qui participe très bien à l’ambiance générale du titre.

Un remaster indispensable?

Oui! Clairement! Si ce remaster apporte une réelle plus-value au titre original d’un point de vue graphique, quelques ajouts bienvenus en termes de gameplay, comme la new game +, et quelques bonus anecdotiques au niveau du scénario ; le véritable intérêt de ce titre, c’est sa localisation.

Si beaucoup regretteront l’absence d’une traduction française, il s’agit tout de même, pour la plupart des joueurs, de la première opportunité de jouer à ce chef d’oeuvre dans une version accessible.

La version iOS/Android a donc eu, en 2016, le mérite de mettre ce titre à la portée de nombreux fans qui l’attendaient depuis plus de 20 ans. La version consoles de salon permettra de retrouver les sensations  l’origine, net plus par rapport à des contrôles tactiles pas toujours très
précis en fonction de la taille de votre écran. A part ça, il ne s’agit que d’un portage sans ajouts particuliers.

Le prix peut aussi décevoir : de 15€ pour la version mobile, il passe à 25€ sur consoles et PC ; toutefois, ce tarif reste raisonnable pour un jeu de cette qualité et qui jouit d’une excellente rejouabilité : on pourra explorer les différents lieux dans un autre ordre et expérimenter de
nouvelles combinaisons de classes, etc… avec ou sans la fonctionnalité de NG+…

Pour aller plus loin…

La série SaGa est excellente et offre des alternatives de gameplay nombreuses et bien pensées. Romancing SaGa 2 en est un très bon représentant en ce qu’il pousse ces mécaniques à leur paroxysme. Une des conséquences est une difficulté élevée qui ne sera pas du goût de tous. Si en plus vous n’êtes pas anglophone, il est difficile de vous le conseiller…

En revanche, SaGa Frontier 2 sur PS1 est peut être fait pour vous!
En effet, c’est le seul opus a avoir bénéficié d’une véritable localisation en français dans le texte. Par ailleurs, il est moins ardu que ses ainés : le cheminement est plus encadré, il est possible de restaurer les LP et les combats sont globalement plus faciles.

Il peut constituer un très bon point d’entrée dans la SaGa pour un joueur novice, d’autant qu’il jouit d’un scénario vraiment captivant et d’une très belle réalisation (seuls les modèles 3D lors des combats ont un peu mal vieilli…)

Romancing Saga 2

Premier titre de la SaGa à avoir bénéficié d’une version française officielle, SF2 est le digne héritier de RS2 et nous narre une histoire épique sur 3 générations…

Le titre suivant : Unlimited SaGa sur PS2 (disponible en version européenne avec des textes en anglais) a beaucoup divisé en allant encore plus (trop?) loin dans les innovations de gameplay. Les épisodes d’après ne nous sont pas parvenus.

Romancing Saga 2

Les phases d’exploration d’Unlimited SaGa se font à la manière d’un jeu de  plateau. Cela, ainsi que d’autre mécaniques un peu obscures a dérouté les joueurs et son succès n’a été que très mitigé.

En revanche, la SaGa a fait des émules, avec par exemple le jeu Legend of Legacy sur 3DS qui reprend à sont compte de nombreuses mécaniques qui ont fait le succès des jeux de Kawazu.

Romancing Saga 2

Legend of Legacy est un successeur spirituel de la SaGa et un
jeu fort agréable.

[TEST] Romancing Saga 2, une autre vision du J-RPG
Le Scénario8
Les Graphismes8
Le Gameplay9
Le Contenu7
La Musique7
Points forts
  • Des mécaniques nombreuses et originales au service d'un scénario très riche et le challenge au rendez-vous!
  • Un remaster fidèle mais qui apporte une plus-value.
  • Enfin en anglais!
Points faibles
  • Des mécaniques pas toujours simples à appréhender.
  • Peu de développement de personnages.
  • -Des passages à la difficulté un peu frustrante.
7.8Note Finale
Note des lecteurs: (1 Vote)
7.5

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