Rusty Lake est un developpeur indépendant neerlandais. C’est aussi le titre de leur série de jeux point and click, ainsi que le nom du lieu fictif autours duquel se déroulent ceux-ci.

Plongez avec nous dans les profondeurs insondables du lac…

Les jeux Rusty Lake se déclinent en deux séries distinctes, mais connectées : les Cube Escape et les Rusty Lake, ou, plus simplement, les jeux gratuits et les jeux premiums.

En effet, le souhait initial du développeur était de créer une communauté autour de son projet à travers ses jeux gratuits, en créant une attente chez le joueur à la manière d’une série télé. Les jeux premiums sont un passage obligé, en ce qu’ils assurent les revenus de la société pour lui permettre de créer de nouveaux contenus gratuits. Le modèle économique foncionne bien, d’autant que les opus payants, au nombre de 3 à ce jour, sont très abordables (moins de 5€ chacun).

Les deux séries développent un univers commun, avec des lieux et personnages récurrents et partagent les éléments de base de leur gameplay. Nous traiterons donc, dans le présent article, de la série dans son intégralité, tant elle constitue une oeuvre à part entière.

Rusty Lake Roots : l’arbre généalogique des Vanderboom

Twin Peaks

La série des Rusty Lake commence sur PC, iOS et Android, avec le jeu Cube Escape : The Lake, distribué gratuitement. Le jeu est assez court et sera vite suivi d’un nouvel opus : Cube Escape : Seasons, puis Cube Escape : Arles, etc…

Si le scénario de ces différents titres reste assez obscur, tant la narration est laconique, on comprend vite que chaque titre apporte quelques éléments à l’intrigue et qu’il faut tous les faire (de préférence dans l’ordre) pour voir l’histoire se dérouler. Chaque jeu représente en quelque sorte un chapitre d’une oeuvre plus vaste.

Si le mode de distribution ressemble donc à une série télé, avec ses révélations, ses cliffhangers, et même ses épisodes fillers, c’est sans doute parce que c’est précisément une des sources d’inspiration du studio.

Les premiers épisodes tournent autour du mystérieux meurtre d’une jeune femme : Laura Vanderboom. On pourra sans doute y voir un clin d’œil à Laura Palmer de la série Twin Peaks de David Lynch, avec laquelle les productions de Rusty Lake partagent le gout de l’étrange et du glauque. On trouvera aussi toutes sortes de références cinématographiques, notamment à The Shining (Rusty Lake Hotel) ou The Wicker Man (Rusty Lake Paradise).

Difficile d’en dire plus sur le scénario de Rusty Lake sans trop en dévoiler, mais il vous fera rencontrer des personnages aux moeurs et aux motivations étranges, comme la famille Vanderboom, largement exploitée dans Rusty Lake : Roots, dont le nom (litt. “De l’Arbre”) fait allusion à leur tentaculaire arbre généalogique, la famille Eilander (Litt. “Insulaire”), premiers occupants de l’ile de Paradise, qui accueillera plus tard l’Hotel de Rusty Lake, l’inspecteur Dale Vandermeer (Litt. “Du Lac”, une référence qu’il n’est pas besoin d’expliquer…), d’étranges personnages à tête d’animaux (Mr Crow, Mr Owl, etc…) ou encore les effrayantes âmes corrompues.

Rusty Lake Hotel : l’arrivée des clients

Comme le nom des personnages, tout est empreint de symbolisme. On abordera des thèmes tels que le souvenir, le temps, l’alchimie ou encore la réincarnation. De nombreux éléments récurrents viennent renforcer ce symbolisme.

Cube Escape : The Lake : Le joyau, le coquillage, ou encore l’arbre sont des symboles qui apparaissent tout au long de la saga.

Bien sur, ce qui fait tout le sel de ce titre, c’est son aspect horrifique. L’horreur nait bien souvent du malaise provoqué par le grotesque des situations, parfois teinté de gore et saupoudré de sporadiques jump scares.

Il ne sera donc pas rare d’être témoin de meurtres, mais aussi, pourquoi pas, de mutiler des personnages pour obtenir l’objet manquant à la résolution d’une énigme… Il faudra avoir le cœur bien accroché! Et les âmes corrompues ne sont jamais loin…

Rusty Lake : Roots : le bizarre côtoie fréquemment le glauque et le grand-guignol.

 

Cube Escape : The Lake : une âme corrompue en a après vous!

Comme un tableau de Vincent

Pour mettre en scène cette folie et cette horreur, les créateurs ont opté pour une architecture Flash. Si les possibilités qu’offrent le Flash sont assez limités, elles sont compensées par une direction artistique souvent géniale!

Ainsi, si les personnages sont un peu rigides, avec des animations ultra-basiques et un design qui peut diviser, le studio se rattrape avec des environnements très travaillés. Citons notamment le travail de Johan Scherft, un artiste néerlandais qui a travaillé sur Roots et Paradise ; ou l’impressionnant design de Cube Escape : Arles qui vous plonge dans un tableau de Vincent Van Gogh!

Cube Escape : Arles s’inspire de la toile “Chambre à Arles” de Van Gogh. Par la fenêtre, on peut apercevoir une autre peinture célèbre : “Ciel étoilé”, à laquelle les créateurs ont ajouté… le lac et sa barque!

Les designers attachent beaucoup d’importance à des détails comme le choix des papiers peints, afin de créer des lieux avec une véritable ambiance (là encore, ce n’est pas sans rappeller The Shining ).

La musique de Victor Butzelaar et le design sonore soulignent l’aspect oppressant de ces lieux, souvent en jouant avec les contrastes avec des mélodies impressionistes interprétées au piano.

Escape Game

Si les lieux sont si importants, c’est qu’ils sont au coeur du gameplay. Dans les jeux Cube Escape, il est question de s’échapper d’un cube (sans blague?).

Le joueur est confiné dans une pièce carré et peut se tourner dans les différentes directions : face aux différents murs et au plafond. Il y a donc 5 “tableaux” dans lesquels le joueur peut interagir avec les objets et personnages qu’il rencontre. Cette formule se décline de différentes façon : dans Seasons, on explore la même pièce à 4 époques différentes, Case 23 est découpé en 4 chapitres correspondant à différents environnements, alors qu’à partir d’Arles, il vous sera possible d’explorer plusieurs lieux à votre guise, comme une succession de cubes.

Cube Escape : Case 23 vous propose de mener l’enquête dans la peau de Dale Vandermeer. Ici, nous sommes dans son bureau.

Côté premium, Hotel reprend le concept, les chambres et le lobby étant autant de cubes ; Roots et Paradise, en revanche, optent pour une succession de tableaux en longueur, avec un scrolling horizontal.

Dans tous les épisodes, la formule reste la même : du point and click classique. On peut interagir avec la plupart des éléments de l’environnement et il est possible de ramasser des objets et de les stocker dans un inventaire pour les utiliser afin de résoudre une série d’énigmes. Certains puzzles ne nécessitent pas d’équipement particulier et feront plutôt appel à votre sens de l’observation, par exemple pour trouver le code d’un coffre-fort, ou dans de nombreuses variantes du jeu du Simon ; d’autre feront appel à vos connaissances en musique (que les non-musiciens se rassurent, il y a des indices visuels qui permettent de les surmonter).

Cube Escape : Seasons : on peut voir l’inventaire à droite : des allumettes, une hache, un verre… et le mystérieux cube bleu.

 

Rusty Lake Paradise : dans ce niveau à l’ambiance exceptionnelle, vous devrez exercer votre oreille musicale, notamment avec le chant des sauterelles.

Ce qui rend le gameplay des Rusty Lake original, c’est avant tout le côté retors de ses énigmes.

En effet, si les dimensions limitées des environnements offrent assez peu de possibilités d’action, il va quand même parfois vous creuser les méninges pour trouver la solution! (Toutefois, chaque jeu contient un lien vers sa solution et Cube Escape : The Cave introduit un système d’aide contextuelle) Car qui dit univers surréalistes, dit énigmes tordues. Vous cherchez une clé? Avez vous pensé à regarder dans la crevette? (si, si. Vous avez bien lu.) De la pâtée pour chien? Passez donc ce bras humain à la moulinette! Vous devrez parfois faire des choses que d’aucuns répugneraient à envisager. Je vous ai parlé de la fois où j’ai ouvert la poitrine de mon oncle mort? Ou de cet autre oncle, lui bien vivant?

Les jeux fourmillent de secrets et il arrive qu’une énigme ait deux solutions, comme le piano de Cube Escape : Theatre qui vous permet d’avancer dans le jeu si vous jouez une certaine mélodie, mais débloque un secret si vous en jouez une autre (un lien vers un concours aujourd’hui cloturé).

Il y a aussi une intertextualité entre les jeux! On accèdera à une fin alterantive dans The Lake en entrant le code trouvé dans Seasons!

Enfin, les jeux premium introduisent des succès à dévérouiller (50 pour Paradise!).

Bref, la formule de gameplay est simple, mais diablement efficace.

Let’s make some memories”

Mister Owl, Rusty Lake Hotel

Le studio Rusty Lake nous livre donc une oeuvre complexe à travers ces deux séries, où se cotoient étrange, horreur et une pointe d’humour, le tout empreint de symbolisme. Pour profiter pleinement de l’expérience, il est préférable de jouer aux différents titres dans leur ordre de sortie, bien que chaque jeu constitue une expérience en soi. Il est possible de faire l’impasse sur les jeux premium, mais ce serait vraiment dommage, vu leur qualité, la quantité de lore qu’ils apportent et pour le petit prix auquel ils sont proposés!

Série Cube Escape

Jeux premium

The Lake

Seasons

Arles

Harvey’s Box

Case 23

The Mill

Rusty Lake Hotel

Birthday

Theatre

Rusty Lake : Roots

The Cave

Rusty Lake Paradise

Jeu final (pas encore annoncé)

De plus, les créateurs de cet univers tordu n’ont pas fini de nous surprendre : ils vont sortir prochainement un court-métrage!

Bientôt la vérité sur le meurtre de Laura?

Cube Escape : Birthday parvient à rendre inquiétante la plus anodine des situations.

 

Tests réalisés sur les versions iOS (Cube Escape) et PC (Rusty Lake : Hotel, Roots et Paradise)

Par Matriper

[Test] Rusty Lake – Santé mentale et pêche
Rusty Lake propose une expérience unique, impressionniste dans sa direction artistique graphique et musicale, expressionniste dans sa mise en scène et qui brasse des références cinématographiques, musicales, picturales... au service d'un scénario tordu et plein de symbolisme. C'est souvent glauque, ça fait parfois frissonner, ça fait toujours réfléchir. Le gameplay est simple, mais les énigmes demandent de la jugeote. Bref quelques heures de prise de tête en perspective pour qui voudrait s'attaquer à l'intégralité de l'oeuvre. Et pourquoi s'en priver? La majeure partie des softs est gratuite et les 3 titres payants sont à un petit prix. Foncez!
Le scénario90%
Les graphismes/la direction artistique80%
Le gameplay90%
Le contenu80%
Les musiques/le design sonore80%
Les points positifs
  • Une ambiance très réussie.
  • Des énigmes vraiment bien pensées.
  • Un prix modique.
Les points négatifs
  • Joueurs sensibles s'abstenir.
  • Le rendu vectoriel des personnages ne plaira pas à tout le monde.
  • Parfois trop alambiqué?
84%Note Finale
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