Secret of Mana

Depuis les années 2000, Square Enix s’est lancé dans une grande campagne de valorisation de ses anciens titres. Des portages purs et simples de ses Final Fantasy 16 bits, à l’ère de la PS1, au très attendu remake de FF VII, en passant par toute une gamme de remasters. Si certains sont très bons, comme le récent FF XII sur PS4, ou les compilations Kingdom Hearts, la pratique semble parfois n’être qu’une une manoeuvre marketing. Un moyen de donner, à moindre coût, un os à ronger aux fans en oubliant les développements longs et chaotiques de leurs jeux AAA.

Quand l’annonce a été faite d’un remaster de Secret of Mana, un jeu qui avait cartonné dans le monde entier au moment de sa sortie, et qui conserve aujourd’hui encore une solide fanbase, tout le monde s’est mis à l’attendre au tournant. Assurément, l’éditeur ne prendra pas le risque de dénaturer une telle perle, pas vrai?… Pas vrai??

Nous avions déjà réalisé un test de Secret of Mana sur Super Nes ici. Dans le présent article, nous ne reviendrons donc pas sur le fait que c’est vraiment un excellent jeu que tout gamer doit avoir essayé. Nous critiquerons plutôt le remaster en lui même : ce qu’il apporte de nouveau et, malheureusement, ce qu’il ôte de saveur au titre original.

La forteresse et le bénévodon

L’histoire nous est narrée par une série d’artworks. Le jeu en profite pour s’auto-spoiler dès l’intro : pas mal!

Côté scénario, il n’y aura rien de nouveau : un jeune homme tout à fait ordinaire entreprend un voyage pour restaurer le pouvoir d’une épée légendaire, capable de sauver le monde d’un terrible conflit entre les forces de Mana et l’empire maléfique. Il rencontrera une foule de personnages amicaux ou non et explorera une Terre vaste et variée.

La différence avec le jeu original réside dans sa traduction. Si la traduction de 1993 de Véronique Chantel était rédigée dans un bon français, elle n’était toutefois pas très fidèle au texte original. En effet, le jeu avait à l’époque été traduit de l’anglais, et avec des restrictions de mémoire qui forçaient à la concision dans l’adaptation, ce qui a occasionné une certaine perte de sens. De plus, l’équipe de Chantel s’etait permis quelques licenses par rapport au matériau d’origine, allant jusqu’à modifier le nom de certains personnages pour placer une petite blague de leur cru.

C’est comme ça que Fuamnach est devenue Rambo (alors que Sheek devenait Schwarzy). Seulement, outre le côté complètement hors sujet, ce changement ignorait le fait que Fuamnach (Fahna en anglais) est une femme! (Même si, il est vrai, ça ne saute pas aux yeux quand on voit son sprite de l’époque).

Fuamnach réhabilitée en tant que personnage féminin!

Cette nouvelle traduction, réalisée cette fois depuis le texte japonais, permettra donc de mieux aprécier les subtilités du scénario, même si les changements de noms risquent de perturber un peu les joueurs de la première heure. C’est d’autant plus vrai si on joue avec le doublage américain : outre atlantique, on a pris le parti de conserver les noms de la version Super Nes. Ce que vous lirez ne correspondra pas toujours avec ce que vous entendrez.

La narration s’enrichit également de petite scenettes animées. Soit en full 3D pour les passages vraiment importants, soit en faisant apparaitre les personnages en “surimpression” au premier plan, un peu comme dans un visual novel.

Dans les deux cas, c’est assez catastrophique : les personnages n’ont pas d’animations faciales. Ça rend le tout extrêmement statique et complètement anachronique. Ça n’aurait probablement pas été si dur d’ajouter une texture de bouche ouverte pour créer un semblant d’illusion de mouvement. Il y a des dizaines de jeux de PS1 qui font ça très bien.

Ah! Si vous pouviez voir ces images bouger… vous verriez que ça ne fait, hélas, pas une grande différence…

Le petit bonus qui aurait pu être appréciable : des scènes sont jouées à chaque fois que vous dormez dans une auberge (ou plus précisément, dans toute auberge équipée d’une table et de chaises). Cela apporte un développement de personnages qui manquait un peu dans la version originale, le tout servi sur un ton humoristique malheureusement un peu lourd : ça tourne vite autour des mêmes sujets : Randy le héros courageux mais un peu benêt, Prim la fille fleur bleue, mais avec un sale caractère, ou Popoi le lutin mégalo. Ça reste donc un peu léger et à la limite du fan service.

Les petites scènes bonus n’apportent hélas pas grand chose d’intéressant…

Randy gagne un niveau à l’épée

Au niveu du gameplay, la formule d’origine est en grande partie conservée, avec les quelques différences qu’offre le passage en 2,5D.

Sur super Nes, nos héros pouvaient se déplacer dans 8 directions et attaquer dans 4. Cette rigidité était compensée par des hit box assez permissives. Dans ce remaster, les hit box seront un peu plus éxigentes, “3D” oblige, mais seront compensées par une meilleure allonge de la plupart des armes. Les lances en particulier semblent démesurées.

Le zoom est aussi plus important : on voit moins de décors, mais plus d’action, avec des personnages et monstres plus grand à l’écran. Cela pourra perturber certaines phases d’exploration chez les nouveaux joueurs. Ils pourront toutefois s’appuyer sur la minimap créée pour l’occasion. Cette dernière reprend au pixel près les graphismes de la version Super Nes : encore une fois, on est dans du fan service pur et dur. Les joueurs expérimentés auront vite fait de désactiver cette aide plus génante qu’autre chose.

Le jeu est toujours jouable à 3 joueurs en local. Le joueur solo sera accompagné de deux personnages gérés par une IA rudimentaire. Pire encore, celle-ci a été revue à la baisse! En effet, sur SNES, on pouvait configurer le comportement des personnages via un échiquier permettant de choisir la distance à l’ennemi et l’agressivité des attaques. Dans cette version, on pourra tout juste choisir si l’IA attaque la même cible que le joueur ou non. Qui plus est, cette option est assez confuse et on se contentera probablement de la laisser par défaut. Il faut dire que, comme dans l’original, le jeu n’affiche JAMAIS plus de 3 ennemis. Ca ne necessitera pas plus de stratégie que ça..

L’IA de la SNES avait tendance à se bloquer dans des éléments du décors, ce qui avait pour effet de stopper la progression du joueur, qui devait bien souvent revenir sur ses pas ou changer de personnage. Le problème n’existe plus ici. Si un de vos compagnons se bloque, vous pourrez continuer sans lui. Il peut arriver que vous laissiez quelqu’un très loin derrière, mais votre équipe sera reformée au prochain changement de zone.

Il est désormais plus facile de se repérer, grâce à un effet de transparence quand vos personnages sont cachés par le décors.

A part ça, pas de différence majeure. On retrouve le système d’évolution des personnages, armes et magies. Il sera toutefois moins facile de farmer les magies de Popoi. Sur SNES, on pouvait enchainer les sorts jusqu’à épuisement des MP, et ce, même si l’ennemi visé était mort depuis belle lurette. Pas de ça ici : si l’ennemi visé par un sort meurt, le personnage ne lancera pas la magie en question et conservera ses MP.

De nouvelles options d’ergonomie font leur apparition : deux touches de raccourcis configurables par le joueur pour lancer un sort ou utiliser un objet en une pression. Et la possibilité de choisir la dimension de son inventaire : si le jeu d’origine ne permettait d’emporter que 4 objet de chaque sorte, cette version autorise 8 ou 12 exemplaires.

Autant être clair : avec la possibilité de spamer les sorts en appuyant sur un bouton, et celle d’emporter 12 objets pour restaurer les points de magie, Popoi va devenir une véritable mitraillette à magies. Cela peut rendre les combats de boss, qui n’avaient déjà rien de compliqué, beaucoup trop faciles!

Les magies seront toujours de la partie, et avec elles, le fameux système de menus en anneaux.

Une si belle aventure…

Disons le tout net : si le remaster reste tout à fait correct au niveau du gameplay, sans pour autant être révolutionnaire, au niveau de la réalisation, c’est très décevant!

Les graphismes, sans être horribles, sont tout de même anachroniques, et ne font pas du tout honneur à un PC ou une PS4! Ce n’est même pas digne de la PSVita.

On aurait pu s’attendre à quelque chose de grandiose, se prendre à rever de ce qu’aurait pu donner le jeu sous Unreal 4, Unity, ou un moteur de cette trempe. Au lieu de ça, on a droit à un titre de l’ordre d’un jeu pour smartphones!

Un remaster du premier Seiken Densetsu est d’ailleurs disponible depuis 2016 sur iOS et Android : les graphismes de ce Secret of Mana sont à peine meilleurs!

Le jeu est plein de petits easter eggs. Ici, Randy fait face au héros d’Adventures of Mana, le remaster de Seiken Densetsu, sorti en 2016 sur iOS et Android. Quelle ironie que cet illustre aïeul n’ait que peu à lui envier au niveau des graphismes!

Pire encore : le jeu est truffé de bugs! Il crash régulièrement et sans raison. Heureusement, la fonction de sauvegarde automatique vous évitera de perdre votre progression.

Parlons aussi de l’immonde amas de polygones que vous pourrez voir quand vos trois personnages se tiennent au même endroit. On pourrait se dire que ce n’est pas si grave si le jeu ne passait pas son temps à réunir les personnages! Quand vous parlez à un aubergiste, quand vous franchissez un gouffre avec le fouet, actionnez un interrupteur ou simplement changez d’écran!

Vous trouvez ça moche? Vous allez le voir tout le temps!

On peut aussi évoquer les messages qui ne correspondent pas à ce qui se passe, comme lorsque vous infligez une altération d’état à un ennemi et que c’est le nom d’un autre statut qui s’affiche…

“Le robin flotte”

Ces nouveaux graphismes auront quand même le mérite de nous présenter certains monstres ou personnages sous un jour nouveau, plus kawaii, mais l’ensemble est loin d’être à la hauteur des attentes des fans.

L’animation du fouet… Ça fait même pas le tour du poteau. Tu vas te casser la gueule! Comme nos espoirs…

Enfin, dernier ajout cosmétique de cette nouvelle version : des costumes, annoncés comme exclusifs aux précommandes, et qui se retrouvent finalement dans la version day one. Ça n’apporte rien et c’est purement fan service : les costumes de mogs sont trop mignons et le bikini tigre de Prim sexualise le personnage de façon gratuite et injustifiée.

Et dire que j’ai cru pendant tout ce temps que Thanatos était un squelette, alors que c’est juste un type avec un masque…

Si visuellement, c’est très décevant, que penser de l’aspect sonore du titre? Le design sonore est fidèle à l’original et dans l’ensemble assez réussi. Les musiques ont été réarrangées pour l’occasion et, là aussi, on aurait pu s’attendre à mieux.

Les thèmes d’origines parvenaient à nous émerveiller en dépit des capacités limitées de la Super Nes. Les remixes, s’ils apportent une nouvelle dimension, avec des harmonies plus riches, et parfois une relecture différente des titres, au mieux n’apportent pas grand chose, au pire défigurent totalement des morceaux pourtant magnifiques.

Heureusement, il vous est possible de choisir dans les options enre les musiques originales ou réorchestrées.

La neuvième sphère de l’épée?

En ce qui concerne les contenus additionnels exclusifs, inutile de chercher. Pas de dongeon bonus ou de nouveaux équippements. Pas d’armet, pas de neuvième sphère de l’épée (ni de huitième sphère du gant et de la hache, deux objets absents du jeu d’origine, peut être par manque de mémoire…). On aura droit, PS4 oblige à une série de trophées, dont la plupart sont masqués et SPOILER …sont décernés après chaque boss. FIN DU SPOILER. Pour les autres, il s’agira de collectionner toutes les pièces d’armure, sachant que l’inventaire est restreint et quele jeu ne vous indique nulle part quelles pièces vous vous êtes déjà procurées. Cela peut se contourner facilement en achetant systématiquement tout ce que proposent les marchands, mais attention toutefois aux drops (très) rares de l’avant dernier donjon qui ne seront plus disponibles si vous avancez dans le jeu.

Une encyclopédie des monstres, personnages et armes vous donnera aussi la possibilité de progresser vers le platine. Attention, certains monstres sont “manquables” aussi, puisqu’ils disparaissent du donjon une fois ce dernier terminé. Là encore c’est facile si on affronte chaque ennemi, mais méfiez vous tout de même de Ma Goblin…

La fameuse encyclopédie. Notez que certains monstres, comme ici le Piranhaïe ont un design plus moderne, inspiré de leurs incarnations ultérieures (Legend of Mana, etc…)

Test Réalisé sur PS4

Par Matriper

Edit] Depuis la rédaction de ce test, une mise à jour a été mise en ligne, apportant, par exemple, des portraits des personnages qui facilitent la navigation dans les menus, ainsi que la correction du bug que nous évoquions plus haut et qui mélangeait les messages des altérations d’état. Cette MaJ n’empêche toutefois toujours pas le jeu de planter sans raison régulièrement…

[Test] Secret of Mana Remaster - C'était mieux avant...
Ce remaster est vraiment décevant, en particulier au niveau de sa réalisation au mieux bancale, au pire catastrophique. Ses ajouts sont trop pauvres, voire même appauvrissent l'expérience de jeu. Et ce ne sont pas quelques trophées mal pensés qui tirent leur épingle du jeu. S'il a le mérite de permettre aux jeunes joueurs de découvrir un grand titre des années 90, les vétérans n'y trouveront certainement pas leur compte. Pour le prix proposé, c'est vraiment léger. Heureusement, certaines enseignes de grande distribution ont cassé le prix à la sortie, permettant aux joueurs d'avoir un peu moins mal au portefeuille. Si vous avez manqué cette opportunité, on ne saurait trop vous conseiller d'attendre une baisse de prix ou de le trouver en occasion.
Le scénario/la nouvelle traduction8
Les nouveaux graphismes3
Le gameplay7
Les nouveaux contenus2
Les remixes des musiques3
Les points positifs
  • C'est toujours un plaisir de rejouer à SoM
  • Les sensations de jeu, bien que légèrement différentes, restent bonnes
Les points négatifs
  • Des graphismes indignes de ce titre et des plateformes sur lesquelles il tourne
  • Des musiques remixées décevantes
  • Le nouveau contenu trop pauvre (alors que l'original était incomplet! il aurait suffit de combler les trous!)
4.6Note Finale
Note des lecteurs: (1 Vote)
-4.2

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