Uncharted 4… comment en parler sans risquer le pilori? Le problème de notre époque c’est que certains jeux sont comme protégés de toute critique par un phénomène de hype dogmatique et mystérieux, fruit de travail acharné des marketeux appuyés plus ou moins consciemment par tous les propagateurs de foi que nous sommes. Et bien non l’évangile  du jeu-vidéo selon Naughty Dog n’est pas si mémorable que ça et nous en sommes bien les premiers attristés. Ne nous mentons pas, chez Fragstorm nous l’attendions de pied ferme ce nouvel opus et c’est d’ailleurs pour cela que le test a mis si longtemps à arriver, il nous fallait comprendre ce qui n’allait pas. Pourquoi cette machine aux allures de bulldozer vidéoludique nous à t-elle tellement ennuyés que nous avons dû nous y reprendre à une dizaine de fois avant de trouver l’envie de la terminer?

Uncharted 4

Au moins votre rétine sera comblée

La Dissonance Ludo-narrative est un sentiment de décrochage du joueur que l’on est habitué a retrouver dans les Uncharted et autres Asassin’s Creed mais que prend encore plus d’ampleur dans ce quatrième volet. En effet, dans de trop nombreuses cinématiques Nathan est présenté comme un homme bon, sympa et amoureux alors qu’une fois en jeu il dégomme les ennemis à tour de bras, avec diverses armes ou bien au corps-à-corps allant même jusqu’à s’auto congratuler après une belle exécution… bien loin de l’image que l’on se fait du gendre idéal. Dans The Last of us le problème ne se posait pas puisque Joel est décris comme un anti-héro. Contrebandier, voleur et menteur tant et si bien qu’il n’est pas étonnant de le voir tuer des hommes de sang froid. Pour l’un c’est compréhensible alors que l’autre semble être un dangereux bipolaire.

Uncharted 4

La course poursuite qui va vous sortir de votre ennui, à défaut d’être originale.

Ne crachons pas dans la soupe, Uncharted 4 est magnifique. Acteurs virtuels, décors, textures, cinématiques, distance d’affichage, animations, tout ceci est maîtrisé au possible. Naughty Dog, en sa qualité de studio first-party, conserve sa place de vitrine-technologique toujours apte à repousser les limite du possible sur les consoles Sony. Selon un adage, le mieux est l’ennemis du bien, et nulle production récente ne saurait mieux illustrer cette phrase que le jeu que nous étudions aujourd’hui. Cet Uncharted 4 veut tellement en faire qu’il orientera systématiquement votre vision vers ses beaux panoramas. En bon narcisse il ne manquera pas de pointer du doigt un point éloigné en vous chuchotant à l’oreille “regardes, tu vois cet endroit à l’autre bout de l’écran? Et bien tu vas y aller à pied, et tous le chemin entre ici et là-bas est soigneusement modélisé”. En mettre plein les mirettes pourquoi pas. C’est même la norme dans les jeux modernes mais lorsqu’il s’agit de systématiquement vous taper sur l’épaule pour vous le faire remarquer, la beauté s’estompe au profit d’une impression amère de m’as-tu-vu. Pire encore, cette overdose de bon-sentiment va jusqu’à nous infliger des cinématiques bien trop longues qui se posent comme autant de croche-pattes à un rythme de jeu déjà lent. Dans ce jeu prétentieux,  les trop nombreuses cinématiques sont si longues que l’on en vient à poser la manette. C’est tout de même aberrant. Rappelons-le au cas-où : le fondement d’un jeu c’est tout de même de transmettre une histoire en y impliquant le joueur. Transmettre l’histoire via des cinématiques trop longues c’est rétrograde pour l’avancée du médium. Il y a bien cette tentative de rendre ces vidéos plus interactives en y insérant des choix de dialogue mais ils sont si superficiels que l’on ne s’attardera pas dessus. Le jeu vidéo n’est pas forcé de tout faire pour ressembler au cinéma! Loin de là, il devrait plutôt s’en émanciper. D’ailleurs c’est dans ce sens que l’un de nos confrères a qualifié U4 de “Jeu-vidéo dont vous êtes le spectateur” et l’on ne saurait que trop lui donner raison. En ce qui concerne le rythme, l’on retrouve ici beaucoup de mécaniques empruntés à The Last of us mais qui ne marchent pas du tout lorsqu’elles sont attribuées à Uncharted. En effet, cette saga a toujours été orientée action-aventure  avec une certaine nervosité, faisant appel à une mise en scène hollywoodienne et sans temps-mort. Or, si l’alternance action / exploration de TLou fonctionnait à merveille c’est que cet équilibre correspondait au ton du jeu et à son histoire, ici c’est juste mou. La boucle gunfight-exploration n’entretient pas de tension particulière là où Tlou peaufinait son ambiance tout au long du jeu. Ajoutons à cela des décors rébarbatifs (encore de la jungle!? au bout de quatre épisodes…) et que la figure de l’explorateur est plus intéressante lorsqu’elle est confrontée à un milieu qui ne lui est pas approprié comme la ville (Uncharted 2 le faisait très bien). Enfin mentionnons un manque de scènes marquantes comme celle du déraillement de train dans Uncharted 2 ou bien celles du crash et du naufrage du troisième volet. A ce manque de diversité vient s’ajouter un scénario paresseux dont on voit venir les rebondissements bien en amont. Pire encore, les scènes sont beaucoup trop téléphonées  (tiens donc, vous ici ?! comme c’est pratique pour l’avancement du scénario) pour que l’on croit à une quelconque vraisemblance. Dans le même genre, Uncharted nous fait encore le coup des ennemis qui vous devancent toujours dans les lieux que vous visitez, quand bien même vous aviez complètement détruit l’indice vous ayant conduit sur ces lieux ( il y a bien une histoire de GPS piraté pour expliquer ça en début d’aventure mais le problème se répète bien après cette pirouette). En somme, reprendre les codes du cinéma, pourquoi pas, mais autant ne pas s’inspirer des nanards réganiens des années 80.

Uncharted 4

Mais oui, ils sont beaux tes panoramas! Ennuyeux mais beaux.

Fait étrange, c’est bien la première fois qu’un jeu Naughty Dog pèche de par son level design. Si les phases en voiture offrent des vastes environnements à découvrir, les segments plus linéaires s’avèrent parfois très simplistes. Ainsi certaines aires de jeux ne sont que des plateformes à peine déguisées en monticules de pierre et vous devrez passer des unes aux autres en sauter sur les ennemis ou en grimpant à l’instar d’un Ratchet & Clank… Une impression qui gagne en force lorsque l’on commence à swinger avec la corde. Justement, L’on retrouve ici des mécaniques développées dans les récents Tomb Raider comme le piolet à utiliser sur des surfaces poreuses ou encore la dite corde avec laquelle Nathan se balance et que Lara tendait avec son arc. Enfin, concernant le multijoueur, Naughty Dog parvient à transformer l’essai en adaptant sont style de jeu à la compétition en ligne. Le tout n’est pas aussi bien intégré à l’expérience globale que dans Tlou et son système de colonie mais le jeu est agréable. Beaucoup d’éléments sont repris des épisodes précédant et  très bien modifiés de manière à se mélanger au jeu en ligne et les quelques nouveautés sont les bienvenues. Notons aussi que tout cela est enrichit d’un très bon système de tutoriel qui vous permettra d’apprendre les fondements et les particularités du mode multijoueur d’Uncharted 4.

[TEST] Uncharted 4 : Plus dure sera la chute.
En définitive Uncharted 4 tombe dans les pièges que la saga avait réussi à éviter depuis toutes ces années. Réjouissons-nous de la fin de cette série et rejouons à Uncharted 2, certainement l'épisode le mieux équilibré. Maintenant place à la suite, The Last of us que l'on entend de pied ferme en priant les sept dieux pour qu'il soit à la hauteur de son prédécesseur.  
Le positif
  • Techniquement très réussit
  • Un multi intéressant
Le négatif
  • Scénario prévisible et téléphoné
  • Redondant
  • D'un abyssal ennui
5Note Finale
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